« De l’or pour les chiens », like a virgin

Sur la plage où elle est saisonnière, Esther vit une aventure sexuelle passionnée avec Jean. Quand il repart pour Paris, elle décide d’aller le rejoindre, puisqu’elle n’a aucune attache dans le Sud…

Sous le titre énigmatique du premier long-métrage d’Anna Cazenave Cambet, c’est un portrait peu classique de jeune fille qui nous est délivré. L’or du titre peut être, par une synecdoque recherchée, le symbole d’Esther, avec sa chevelure blonde qui accroche la lumière estivale, et semble comme un phare dans les scènes nocturnes. Quant aux chiens, si aucun canidé n’apparaît au fil du métrage, on pourrait y voir la caractérisation des individus masculins assoiffés de désir sexuel (selon l’expression « être en chien »).

Ainsi Esther, qui définit elle-même son prénom comme signifiant à la fois « étoile » et « celle qui cache », serait-elle une sorte de trésor qui est donné aux hommes ou que ceux-ci tentent de prendre, donnant également l’idée qu’elle est intrinsèquement trop bien pour ceux qui l’entourent et qui peuvent prétendre à son intérêt voire son amour.

Et de fait, le long-métrage, qui se construit comme un coming of age inversé, nous montre en premier lieu Esther comme une sorte de trophée pour les hommes. Anna Cazenave Cambet prend le contre-pied de tous les films sur l’adolescence dans lesquels la perte de la virginité est un enjeu du passage à l’âge adulte. Ici, le sujet a été réglé hors champ durant l’été, puisque la jeune fille, que l’on découvre en plein rapport avec un serveur du café d’en face, en est déjà à lister dans un carnet le nombre de fois où elle a fait l’amour avec son partenaire, et avec quelles pratiques particulières. Pourtant, on sent bien à ses réflexions qu’il pèse sur elle une forme de pression, non plus celle de « l’avoir fait » mais celle d’être « un bon coup », puisqu’elle s’attarde à noter les pratiques qu’elle « n’a pas réussi », et demande à son partenaire si elle ne le suce pas assez bien. Et de fait, comme on peut le constater lors de la fête où elle se retrouve enfermée dans la salle de bain avec un autre garçon, parce qu’elle s’intéresse à la sexualité, et tente de la pratiquer avec plaisir mais aussi une certaine notion de performance, Esther apparaît aussitôt comme un genre de « fille facile », le jeune homme n’hésitant pas à qualifier sa vie sexuelle active de « brèche » que désormais tous les hommes vont voir en elle. Et d’en profiter pour lui imposer des attouchements pas vraiment consentis

Mais cette Esther solaire que les hommes voudraient considérer comme souillée, reste le centre lumineux du film. Sa blondeur irradie chaque plan et se marie aux lueurs du soleil couchant aux teintes chaudes, s’assortit à la plage et à sa peau dorée. Pour compléter le tableau des couleurs primaires, Tallulah Cassavetti est souvent habillée d’un bleu-vert maritime, qu’on retrouve également dans les éclairages, ou de touches de rose-rouge, qui apparaît également sur son visage lorsqu’elle surprend Jean, son partenaire (Corentin Fila), avec une autre femme.

Le parcours d’Esther, c’est celui d’une naïveté confrontée aux hommes dont les motivations sont moins sincères et pures. Car si elle aime le sexe, Esther le pratique avec sentiment. Elle fait à Jean une déclaration touchante et maladroite que confirme sa venue à la capitale pour le rejoindre. Dans Paris, esseulée dans la nuit, Esther a l’occasion de se rendre compte que les hommes peuvent être plus ou moins gentils, que tous ne profiteront pas de son charme et de ses propositions, mais qu’aucun ne lui viendra réellement en aide. L’aide, elle va la chercher à un endroit inattendu, qui plonge le film dans une seconde partie quasi mystique. Entrée au couvent pour y trouver refuge, la jeune fille qualifiée de « vulgaire » par une des sœurs, à tout le moins très nature et volontiers bruyante et maladroite, se retrouve plongée dans un univers féminin de silence d’où le sexe est banni. Pourtant, son élan vital n’est pas sans causer un certain désordre. Et la réalisatrice de jouer avec l’austérité des lieux pour y faire entrer des plans dignes d’un film d’épouvante, éclairant de son bleu-vert et de son jaune solaire fétiches un long couloir obscur. Des hommes qui la veulent ou la jettent aux femmes qui n’attendent rien d’elle, Esther vient cacher son étoile là où elle aura l’occasion de la chérir et d’apprendre à s’aimer, et trouver sa propre liberté. Tallulah Cassavetti rayonne et intrigue, on a hâte d’en voir davantage.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :