« I’m Your Man », l’homme idéal n’est pas un homme

Alma, chercheuse en écritures antiques, tout entière dévouée à son travail, se voit recrutée pour l’évaluation d’un nouveau type d’androïde, envisagé comme partenaire de vie pour les humain(e)s célibataires…

Maria Schrader, qui s’était fait connaître en France avec son film sur Stephan Zweig, nous revient en adaptant une nouvelle de sa compatriote Emma Braslavsky. Sur un scénario de type « Boy Meets Girl », l’autrice a brodé une déclinaison « Girl Meets Boy, But It’s A Robot ».

Le film s’inscrit dans une tendance explorant les relations entre l’humanité est ses créations, et en particulier les formes d’intelligence artificielle. Quelque part entre Her et Ex Machina, alors que After Yang, qui sort le 6 juillet, explore la place d’un androïde au sein d’une cellule familiale avec un enfant, I’m Your Man choisit de se concentrer sur la possibilité romantique.

Si on devait trouver un point de comparaison, le plus précis serait sans doute « Be Right Back », cet épisode de Black Mirror évoquant la possibilité de remplacer un défunt par son clone robotisé. Ici, il n’y a pas d’époux décédé, mais un collègue avec lequel Alma a connu une relation, suite à laquelle elle a décidé de renoncer à une vie amoureuse et sexuelle partagée. Et par comparaison, elle constate très rapidement, dès les premières minutes de la rencontre, que la machine, aussi sophistiquée soit-elle, est soumise à sa programmation. Dan Stevens excelle dans ce rôle à la fois rigide et qui lui offre la possibilité d’une palette d’expressions faciales plutôt amusante. On croit tout à fait avoir affaire à un robot, quand bien même tout l’enjeu du film est de nous faire ressentir une part de sensibilité et d’éthique dans le personnage. Face à lui, Maren Eggert, Ours d’argent de la meilleure interprétation, campe un personnage féminin rare. Si on peut questionner l’intérêt de certains éléments de son passé qu’on apprend au fil de l’œuvre, qui tendent à essayer de la ramener vers certains clichés de la féminité, de prime abord c’est tout de même une femme extrêmement intéressante en tant que personnage de cinéma. D’abord parce qu’elle a une carrière florissante, qu’elle dirige une équipe de recherche qui ne remet jamais en question son statut, qu’elle est toujours respectée par ses pairs et que son choix de se consacrer à ses recherches n’est jamais critiqué. Elle a certes une forme d’ambition, mais n’est pas pour autant présentée comme l’archétype de la girlboss qui manquerait d’humanité envers son entourage, puisqu’on la voit être pressée mais courtoise avec son équipe et prendre le temps de s’occuper de son père vieillissant. Par ailleurs, la tâche du robot n’est pas aisée car l’évaluatrice est totalement indépendante, elle prouve à plusieurs reprises son désintérêt pour des attentions futiles, telles que des compliments faciles ou le fait de préparer le bain ou le petit-déjeuner pour elle. Alma n’a véritablement pas besoin d’un homme, et rien qu’en cela, c’est un personnage rare et intéressant.

Néanmoins, il faut bien que le film lui propose une évolution pour poser plein de questions existentielles passionnantes : qu’attendons-nous des relations aux autres ? L’introduction de robots à l’intelligence artificielle développée ne risque-t-elle pas de nuire aux rapports entre humain(e)s ? En matière de sentiments, existe-t-il vraiment une illusion et une réalité ? Alors que beaucoup de films évoquant l’intelligence artificielle postulent la supériorité humaine à tout prix, et cherchent chez les robots à déceler une capacité émotionnelle qui les rapprocherait de cette humanité portée aux nues, le postulat est ici plutôt inverse : comment accepter l’humanité dans ses défauts (les siens propres et ceux des autres) face à un être de pure bienveillance, qui ne cherche qu’à rendre heureux autrui ?

La réalisatrice a adopté une mise en scène sobre et élégante pour mettre en avant les interprétations de son duo et tout cet aspect philosophique qui fait naître plein de questions plus intéressantes que les éventuelles réponses apportées par l’intrigue.

2 commentaires sur “« I’m Your Man », l’homme idéal n’est pas un homme

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  1. Pourquoi pas, ça pose pas mal de questions sur ce que nous attendons de nos relations amoureuses et de nos vies modernes… je pense que c’est bien ancré dans l’actualité je me laisserai bien tenter !

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