Champs Élysées film festival – compétition – Heartbeast

Elina quitte la Finlande pour suivre sa mère qui va s’installer avec son nouveau compagnon dans le sud de la France. La jeune rappeuse est rapidement fascinée par Sofia, la fille du compagnon de sa mère, élève d’une école de danse…

Une coproduction entre France et Finlande, voilà un projet peu commun. Séduit par le travail d’Aino Suni, le producteur Sébastien Aubert lui propose de réaliser son premier long-métrage dans le sud-est de la France, où il a des contacts. Pendant ce temps, la réalisatrice est devenue amie avec la rappeuse Mercedes Benzo et s’est plongée dans cet univers. C’est donc en quelque sorte la collision de deux hasards qui produit ce pitch surprenant.

Mais rapidement, le long-métrage laisse de côté les thématiques attendues, celles du dépaysement, du mal du pays, de l’acclimatation, de la famille recomposée, et même assez largement des ambitions musicales de sa protagonistes. Le film est si radical dans le choix d’une seule thématique qu’il en vient à rejeter tout réalisme : on ne voit quasiment jamais Elina avec sa mère (la chanteuse Camille), elle ne semble pas aller à l’école ou suivre une quelconque formation alors qu’elle est âgée de 17 ans, elle ne garde aucun contact avec qui que ce soit de sa vie en Finlande, à peine la voit-on proposer un FaceTime auquel on n’assistera même pas. La vie d’Elina s’est limitée dès l’instant où elle l’a vue sur scène à Sofia.

Rapidement la relation apparaît comme déséquilibrée entre le personnage incarné par Carmen Kassovitz, à l’aise dans son environnement habituel, sociable et plutôt sûre d’elle, même si elle cache des problèmes d’arythmie cardiaque, et celui d’Elsi Sloan, qui n’a aucun repère et devient tout entière dépendante de Sofia. Évidemment, la relation ne peut être saine, mais le film oppose de façon intéressante deux modes de toxicité différents : celui, classique, mené par Sofia, personnage égocentrique qui souffle le chaud et le froid sans empathie pour les sentiments d’Elina, et celui beaucoup plus extrême et dangereux de celle-ci, prête à manipuler n’importe qui pour garder pour elle seule l’objet de son affection. Le duo est plutôt convaincant même si on aurait apprécié que le jeu aille un peu plus loin dans les deux cas, mais il faut déjà souligner la performance de la jeune actrice finlandaise qui joue en français en phonétique.

Le point fort du film, c’est son esthétique assez lugubre éclairée au néon, largement dominée par la couleur verte, référence à la teinture d’Elina. On pense à l’esthétique de Medusa, dont le vert était aussi un symbole de puissance féminine. Les plans qui font paraître Elina comme fantomatique, insistant sur sa pâleur et son regard tantôt noir tantôt vide, sont glaçants et proches des codes du cinéma de genre. On est loin de l’imagerie attendue autour d’un personnage qui évolue dans le milieu du rap, et c’est pour le coup le point faible du long-métrage : les arts pratiqués par les deux jeunes femmes restent très au second plan et ne sont pas tellement développés. Côté musique, Elina ne performe que deux morceaux, l’un toute seule dans la rue au début, puis la chanson qu’elle compose pour Sofia et qui va s’étoffer au fil du long-métrage, jusqu’à la performance finale, plutôt intéressante. On aurait quand même aimé en entendre davantage pour ancrer le personnage et lui donner plus de profondeur. Quant à la danse, hormis quelques mouvements en répétition, et un petit bout de chorégraphie classique pour présenter le personnage, on n’aura droit qu’à une seule vraie chorégraphie, certes impressionnante et d’autant plus car filmée du dessus, mais qui donne envie d’en voir davantage. On reste un peu sur sa faim mais le film est visuellement prometteur, et donne envie de savoir à quoi Aino Suni va s’atteler par la suite.

 

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