1 mois, 1 plume, 1 œuvre : Vice-Versa (juin 2015) par La Sagante

La plume

Elle traîne son spleen sur Twitter avec une élégance souvent incarnée par les paroles de ses chansons françaises préférées, mais derrière son pseudo, La Sagante est aussi enseignante de français en collège dans la région lyonnaise. On pensait qu’elle allait nous parler d’un classique de la littérature, mais elle a choisi de revenir sur un film d’animation qui colle à son goût pour la mélancolie…

L’œuvre

Vice Versa

Sorti le 17 juin 2015 en France, Vice-Versa s’est immédiatement imposé comme un sommet des studios Pixar, et un classique du cinéma d’animation de manière plus générale. Il n’a pas fallu moins de huit années à Pete Docter et Ronaldo del Carmen pour en venir à bout. L’idée est aussi improbable qu’efficace : nous allons, pendant une heure et demi, suivre ce qui se passe dans le cerveau de Riley, une jeune fille de onze ans, à travers ses émotions.

Le grand périple cérébral

Riley vit dans le Minnesota et mène une vie aussi ordinaire que joyeuse pour une jeune fille de son âge, entre sa famille, son école, ses copines et son équipe de hockey sur glace. Seulement voilà : ses parents ont décidé de déménager, de « se la jouer cool à San-Francisco », et c’est tous ses repères familiers qui s’écroulent, à un moment important de sa vie.

Mais ce grand bouleversement, nous allons le vivre de l’intérieur, par le biais des émotions primaire qui s’agitent dans son cerveau et qui vont faire tout ce qu’elle peuvent pour l’aider à traverser cette crise. Joie, Tristesse, Peur, Colère et Dégoût sont les protagonistes très caractérisés et colorés de ce voyage hors normes. Le chaos devient total lorsque Joie et Tristesse se retrouvent par accident expulsées de la tour de contrôle, laissant Colère, Dégoût et Peur seuls aux commandes…

Vice Versa

Vice-Versa aborde de manière brillante et ludique des concepts que les sciences cognitives et la psychanalyse n’ont clairement pas fini d’explorer : la « mémoire à long terme » représentée par un labyrinthe sans fin rempli de billes, les éléments-clés d’une personnalité incarnés par des îles en flottement, ou encore les rêves qui ne sont rien de moins que… des films produits en studio ! Mention spéciale pour la séquence du couloir de la pensée abstraite, complètement décalée et géniale, où le film en vient à renverser son propre concept.

Vice Versa

            La vie intérieure de Riley ressemble à un immense parc d’attraction, mais ce parc devient de plus en plus angoissant au fur et à mesure que ses illusions d’enfant se perdent.

La naissance de la mélancolie

Vice Versa 

Cependant il ne faut pas s’y tromper : Vice-Versa n’a pas la prétention d’être un traité de neurosciences. S’il frappe au cœur, c’est surtout parce qu’il est infiniment poétique, et qu’il montre de manière très juste ce passage si délicat de l’enfance à l’adolescence.

C’est Joie que nous voyons apparaître en premier, c’est elle qui nous raconte cette histoire, elle qui jusque là menait la danse, en imposant ses choix aux autres émotions dans le but louable d’offrir à Riley la plus heureuse des enfances. Mais nous sommes ici dans le récit d’un deuil, et d’une acceptation : celle de la complexité émotionnelle. Tout ce voyage accidentel hors du quartier cérébral mène à une conclusion déchirante et plus subtile qu’il n’y paraît : Joie constate que non seulement Riley a également besoin de Tristesse pour s’épanouir, mais qu’elles peuvent œuvrer ensemble pour y parvenir.

Vice Versa

Il ne faut pas tout révéler des trouvailles et des surprises du film pour ne pas gâcher sa découverte, mais le plaisir ressenti reste intact après l’épreuve de plusieurs visionnages. C’est sans doute une des plus grandes forces de Vice-Versa que de savoir s’adresser à tous les âges avec des niveaux de lecture très variés. Alors que Riley sort de l’enfance, le spectateur adulte lui, se replonge dans la sienne, évidemment non sans beaucoup… d’émotions. Il est difficile de ne pas verser sa larme au dénouement – comme à d’autres moments d’ailleurs. Il n’est pas impossible que certains ressentent une petite poussière dans l’œil à sa la simple évocation du nom de « Bing Bong », le meilleur ami imaginaire de Riley. Les studios Pixar au meilleur de leur créativité sont là pour nous rappeler avec ce grand film que la mélancolie est bien un art… Sorti le 25 décembre 2020 directement sur Disney +, Soul, également réalisé par Pete Docter, et qui traite de l’âme et de la mort, en sera un magnifique complément.

La Sagante

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