« Le divorce de mes marrants », laisser derrière toutes nos peines

À 21 ans, Romy, enfant de la balle, décide de réaliser un film documentaire sur ses parents divorcés. Les entretiens qu’elle mène font resurgir des secrets de famille…

Romy Trajman aurait pu faire partie de ces enfants stars oubliés après un succès surprise. À 14 ans, elle perce dans un clip musical composé par sa mère Marielle Sade, quitte l’école et se met à travailler avec elle sur un projet de spectacle musical, mais également à la création d’une série sur les familles monoparentales. Dans la famille de Romy, à partir du divorce, il y a eu sa mère, son frère et elle contre le reste du monde.

Jeune adulte, après un passage par l’école de Luc Besson, elle décide de se lancer dans un projet de premier long-métrage documentaire et se rend compte qu’elle a besoin pour construire sa vie de revenir sur la séparation de ses parents, mais aussi de renouer avec son père qu’elle n’a pas vu depuis une dizaine d’années.

Pour documenter ce parcours personnel, elle s’associe à Anaïs Straumann-Lévy, qui la comprend d’autant mieux qu’elle a vécu une histoire familiale également sur fond de divorce. Mais au-delà du cas classique d’une séparation mal vécue par les enfants, avec une tendance de chaque parent à diaboliser l’autre, l’ascendance de Romy contient force tabous, secrets de famille, et éléments traumatiques. Il est dit rapidement que son père est bipolaire, et au fil du métrage, on le découvre tantôt en phase maniaque et tantôt en phase dépressive. Le film rappelle le récent Les Intranquilles de Joachim Lafosse, dans lequel Damien Bonnard incarne lui aussi un père artiste dont les crises correspondent à des élans créatifs mais affectent profondément le quotidien avec son épouse et ses enfants. Avoir vu cette fiction permet de mieux comprendre le récit de la mère concernant les violences psychologiques et le harcèlement perpétré par le père qui n’a pas l’air d’en avoir pleinement conscience.

Au-delà de la génération des parents, l’histoire des grands-parents de Romy est également terrible et douloureuse, sur fond de Shoah côté paternel et d’inceste côté maternel. Attention, pour les personnes concernées, ou sensibles au sujet des violences pédocriminelles, certains propos tenus à l’écran par des membres de la famille peuvent être durs à encaisser. On comprend que la jeune réalisatrice ait parfois voulu abandonner, ce qu’elle montre à l’écran dans des scènes de larmes ou de découragement, souvent filmées de façon plus spontanée, solitaire, moins cadrée. La réalisation correspond au degré d’intimité abordé : la présence d’Anaïs, témoin privilégié mais pas un membre de la famille, apporte souvent une façon de filmer plus posée, plus statique, alors que quand Romy filme elle-même, les images ont un côté amateur (à un moment elle se rend même compte qu’elle a seulement le son de son ordinateur pour entendre le témoignage de son frère).

À travers ce chemin de réparation psychologique personnel, le film déborde de son côté thérapeutique par la créativité qui s’exprime dans son aspect musical. Entre deux entretiens avec ses proches sont insérées des chansons sous forme de clips bricolés, dans une veine colorée et de bric et de broc qui rappelle l’univers d’artistes comme Pi Ja Ma. On peut aussi penser à La Reine des pommes pour l’irruption des chansons qui permet d’exprimer des émotions que la personne n’arrive pas forcément à formuler directement dans son quotidien, une manière de poétiser la douleur pour la rendre acceptable.

 

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