« Télé Gaucho », agité(e)s du bocal

Monté à Paris pour un stage pour une chaîne de télévision, Victor rencontre dans son quartier du 20e un groupe de militant(e)s qui anime une télévision libre, Télé Gaucho…

Un an après le succès de son film Le Nom des gens, Michel Leclerc retrouve Sara Forestier dans un nouveau long-métrage évoquant le militantisme de gauche. Le point de départ de Télé Gaucho, ce sont les souvenirs de jeunesse du réalisateur, qui a lui-même fait partie pendant quelques temps d’une télé libre baptisée Télé bocal, dont les locaux étaient situés dans un squat voisin de celui présenté dans le film. Après avoir envisagé la réalisation d’un documentaire sur cette période, dont il dispose d’archives vidéo, le cinéaste choisit d’introduire le personnage de Victor pour fictionnaliser son sujet. Il se fait aider au scénario par Thomas Lilti, alors jeune réalisateur des Yeux bandés, avant le succès d’Hippocrate. Grâce à lui, le film trouve une certaine ligne directrice, celle du récit d’apprentissage.

On suit Victor (Félix Moati), un étudiant qui ne rêve que de cinéma, se prenant déjà pour la relève de la Nouvelle vague. Aussi convaincu de la destinée qui l’attend que passif face à la réalité concrète, le jeune homme se retrouve en stage pour une chaîne de télévision par le truchement de sa mère (délicieuse Christiane Millet), fan de Patricia Gabriel, une présentatrice à succès. Alors qu’Emmanuelle Béart se glisse avec autodérision dans le rôle de « l’ennemie de classe », Victor se retrouve tiraillé entre ce qu’elle incarne (une certaine réussite sociale, une culture cinéphile réelle, une conversation séduisante…) et le groupe de militant(e)s qui l’accueillent au sein de Télé Gaucho et lui donnent sa chance. Là-bas, il n’est pas stagiaire, il n’y a pas officiellement de hiérarchie, même si les décisions sont prises par le chef (Éric Elmosnino), chacun(e) est libre de proposer des idées tant qu’elles collent à la ligne politique de gauche. L’univers visuel de Télé Gaucho est foutraque, bizarroïde, coloré, entre hippie et punk, et accueille tout ce que Paris semble contenir de marginaux/ales. Dans cette grande famille, chacun(e) a son rôle mine de rien bien défini : le maladroit (Samir Guesmi), le musicien (Lionel Girard), l’ambitieux (Yannick Choirat), la candide (Sara Forestier), la radicale (Maïwenn)…

Superposant les styles, virevoltant de la couverture d’une manifestation, à un coup de force dans les bureaux de la télé officielle, en passant par les réunions festives et alcoolisées du groupe, Télé Gaucho lorgne du côté du film de troupe, marqué par son sens du collectif : celui qui porte, qui rassemble, mais aussi où l’on se dispute et se trahit.

Dans ce cadre folklorique et attachant, Victor est confronté à l’entrée dans la vie adulte. Il doit prendre ses distances avec sa famille, à mesure qu’il fait des choix qu’il n’assume pas forcément vis-à-vis d’eux, trouver des moyens de subsistance qui ne remettent pas en question ses valeurs fondamentales, et tenter de composer avec la famille qu’il se crée rapidement avec Clara. Ce personnage féminin plein d’enthousiasme et lunatique apporte de la fraîcheur et de l’humour à l’ensemble, et le court-métrage que présente Victor à la fin, mise en abîme du court-métrage de Michel Leclerc « Le poteau rose », lui rend un hommage sentimental. Les débuts du jeune couple constituent le passage le plus poétique du long-métrage, en particulier avec la chanson interprétée par le cinéaste lui-même « Le souffle de l’explosion ». Mais à travers une humeur joyeuse et amusée, le film évoque les sujets sérieux que Télé Gaucho cherche à dénoncer et une certaine gravité de l’existence même, qui voit la valse des émotions et les désaccords théoriques venir mettre à mal les plus belles aventures humaines.

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