« Sweat », il faut que tu transpires

Sylwia, coach sportive et influenceuse Instagram, mène une vie rythmée par les exigences du fitness et du lien virtuel à sa communauté. Alors qu’elle doit aller rendre visite à sa mère pour l’anniversaire de celle-ci, elle repère un maniaque garé devant chez elle…

Le suédois Magnus von Horn, installé en Pologne, revient après Le Lendemain, son premier long-métrage qui avait été remarqué à Cannes. Sweat a bénéficié du label Cannes 2020, faute d’avoir pu être en sélection l’année du Covid. Il voisinait avec le film de sa compatriote Ninja Thyberg, Pleasure. Les deux films se font d’ailleurs assez extraordinairement écho, à la fois dans le choix de leur protagoniste, de l’actrice qui l’incarne, et dans la construction de leur portrait féminin, au sein d’un univers particulièrement difficile et gangrené par une absence de valeurs morales.

Point de pornographie ici mais une autre forme d’impudeur et de mise en scène de soi et de son intimité : la protagoniste incarnée par Magdalena Kolesnik passe ses journées à partager chaque instant en vidéo sur son compte Instagram. Mais en dépit de ses 600 000 followers, qu’elle appelle « mes chéri(e)s » à chaque séquence filmée, la jeune femme est bien seule (avec son petit chien Jackson) dans son grand appartement. C’est d’ailleurs une vidéo un peu différente des autres, où elle fait tomber le masque du dynamisme et de l’optimisme pour révéler qu’elle vit mal son célibat, qui va mettre le feu aux poudres. Dans la critique de l’exposition médiatique nouvelle génération, le film peut faire penser au roman de Delphine de Vigan, Les Enfants sont rois, qui envisageait également des conséquences dramatiques pour les personnes se montrant ainsi à répétition sur les réseaux. Ici, ce n’est pas un enlèvement, mais la présence sur son parking d’un fan un peu trop assidu, qui se transforme en harceleur sexuel. La vidéo dans laquelle il présente ses excuses et évoque sa propre solitude, contribue à perturber la jeune femme car elle constitue une forme de pendant à ses propres confessions.

Très pop et dynamique dans son montage, avec une caméra mobile qui suit son héroïne dans son quotidien à 100 à l’heure, mais lui montre toujours du respect et refuse de la juger dans ses choix, Sweat se veut très contemporain à la fois par son sujet et son traitement. Ce portrait féminin au plus proche du corps, mais qui parfois ne nous donne pas toutes les clés pour rentrer dans la psyché du personnage, peut également faire penser à Dirty God : qui a-t-il sous la peau, qu’elle soit lisse ou abîmée ? Souvent une souffrance causée par une relation à la famille plus ou moins dysfonctionnelle, et une solitude ancrée qui finit par rendre celle qui la subi imprévisible. À force de ne parler vraiment qu’à son téléphone, Sylwia ne sait plus : ce qui peut se faire ou pas, ce qu’elle risque dans la vraie vie, et à quel point, hors des commentaires plein de cœurs et de likes, elle reste malgré sa force physique un trophée ou une proie dans les yeux des hommes. Si aucun d’eux n’est capable de s’intéresser à elle humainement, au-delà de son corps et des valeurs qu’elle met en avant dans ses posts, si elle reste à leurs yeux une enveloppe charnelle sur laquelle chacun projette ses fantasmes, alors, à quoi bon attendre l’amour d’un de ces spécimens pour être heureuse ? La méthode Coué a parfois du bon, et peut-être qu’à force de professer que ce qui lui importe, c’est l’énergie et l’amour de ses abonné(e)s, dont quelques exemples au fil du film viennent témoigner combien elle les a aidé(e)s, Sylwia pourrait finir par se rendre compte que le plus superficiel n’est pas forcément ce qu’on croit. Entre failles et forces, il est intéressant de constater que le film est capable de retourner sa critique, et de ne pas forcément se cantonner aux poncifs concernant les influenceuses. En tout cas, on retiendra le nom de Magdalena Kolesnik, qui a donné physiquement de sa personne pour faire prendre chair à cette image de l’époque, et en faire, par l’improvisation de son discours final, une sorte de role model moderne assez rare au cinéma.

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