« All Eyes off Me », si le dégoût de la vie vient en toi

Dans une fête, Danny cherche Max, dont elle vient de découvrir qu’elle est enceinte. Elle le trouve avec Avishag, sa nouvelle copine, qui exerce le petit boulot de dog-sitter…

Movie Challenge 2022 : un film qui contient une chanson que tu adores

En 2016, Hadas Ben Aroya avait déjà prouvé avec son premier long-métrage, People That Are Not Me, qu’elle n’avait pas froid aux yeux. Pour son deuxième, elle a encore une fois envisagé d’endosser le rôle-titre, celui d’une jeune femme qu’elle concevait comme une anti-Lolita, se prenant d’intérêt pour un homme plus âgé et plus prude. Mais son amie Elisheva Weil la convaincu de lui laisser la place devant la caméra.

Le reste du casting est à l’avenant, composé par un mélange de hasard et de relations, qui correspond finalement fort bien au propos du film. À travers ses trois parties, reliées par le personnage d’Avishag, on navigue dans un univers restreint où tout le monde semble plus ou moins se connaître : Danny connaît Max mais aussi Neo et d’autres copines présentes à la soirée, et elle a déjà vu Avishag, venue avec Max, mais qui connaît aussi les propriétaires de chiens qu’elle promène dont Dror. En même temps, cette connaissance reste superficielle, en dépit de ce qui a pu unir de près les personnages. En témoigne la conversation entre Danny et Max dans la première partie, qui ressemble furieusement à un dialogue de sourds : la jeune femme voudrait lui parler de la grossesse issue de leurs ébats, mais ne trouve à lui raconter que des anecdotes au sujet d’un ex ou du papillon qu’elle a vu avant d’entrer dans l’immeuble. De son côté, Max ne l’interroge jamais sur ce qu’elle voulait lui dire, semblant entièrement absorbé par ses projets avec Avishag. Et quand bien même il projette de l’emmener en week-end dans le Sinaï et admet lui avoir fait des déclarations assez engageantes, il s’obstine à ne pas présenter leur relation comme un couple. À travers les différents modes de relation qui peuvent les unir, les personnages semblent habités par une quête d’intimité et de sincérité, la volonté d’être vraiment proche de quelqu’un tout en étant vraiment soi-même. Une quête d’autant plus complexe que quelque chose résiste, une barrière intérieure que rien ne peut faire céder, alors même que les jeunes gens s’y emploient par tous les moyens : consommation d’alcool et de stupéfiants, confidences sur l’oreiller, partage de fantasmes, déclaration romantique…

En alternant corps en mouvement dans des plans fixes les cadrant de loin, ou plans serrés sur le regard d’Avishag ou suivant celui-ci, souvent en direction de l’écran de son smartphone, la cinéaste sait instaurer aussi bien l’érotisme que le malaise, et la frontière entre les deux est souvent extrêmement fine. À quel moment aura-t-on envie de détourner les yeux ? Devant un baiser appuyé ou une caresse sur un corps déshabitué de celles-ci ? Devant un visage abandonné au sommeil ou la crispation sous les gifles pourtant réclamées ? La réalisatrice a un temps d’avance sur le questionnement de la société sur les rapports sexuels, et c’est tant mieux car elle force notre réflexion.

Ce portrait croisé et douloureux de la jeunesse israélienne, dans ce qu’elle a de plus quotidien et intime, loin des grandes préoccupations politiques, est en quelque sorte un cheminement du bruit au silence. De la musique techno qui envahit l’appartement initial, au silence que Drar apprend à Avishag à écouter, en passant par la proximité autour d’une traduction de « Message personnel » (la plus belle scène du long-métrage) et la solitude enrobée de la voix de Leah Goldberg. Un apprentissage de l’épure, qui vaut aussi pour la cinéaste, dont la description de sa génération semble avoir maturé depuis son premier long-métrage.logo-movie-challenge-nblc

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