« Tom » ou le paradis trouvé

Tom et sa mère Joss vivent dans un mobile home en baie de Somme. Leur vie frugale est dérangée par l’apparition de Samy, qui semble bien connaître Joss…

La forêt, c’est le lieu commun à plusieurs films de Fabienne Berthaud qu’elle retrouve lorsqu’on lui propose d’adapter le roman de Barbara Constantine, Tom petit homme Tom tout petit homme Tom. Un titre à rallonge fort heureusement raccourci pour son adaptation au cinéma, qui suit le jeune Tanguy Mercier, un enfant sauvage intemporel. Habile à pêcher les écrevisses comme à capturer les oiseaux ou à voler des pommes de terre dans le potager le plus proche, Tom n’est à l’aise que dans la nature. On ne le voit jamais en compagnie d’aucun autre enfant de son âge, et si l’école est mentionnée à travers les manuels scolaires, et le bulletin de notes, elle reste un lieu hors champ. La vie de Tom et Joss, qu’il n’appelle d’ailleurs pas maman, ressemble un peu au quotidien des personnages de Leave No Trace, l’errance en moins. C’est une vie qui se rapproche de la survie, qui exploite les ressources à disposition faute d’argent pour le superflu, qui s’accommode d’un intérieur réduit grâce à la vaste étendue forestière qui constitue le terrain d’exploration et de jeux où l’enfant peut venir chercher l’inspiration, la consolation à ses peines, l’exutoire à ses colères. La forêt nourricière semble pouvoir tout fournir, y compris une arme lorsqu’il s’agit de se défendre contre l’irruption de l’inconnu.

Il ne faudrait pas verser dans l’idéalisme : ce mode de vie précaire n’est pas forcément le choix de Joss, mais la conséquence d’une vie marquée par une grossesse imprévue, survenue alors qu’elle vivait dans un foyer, qui l’a contrainte à se débrouiller sans pouvoir réfléchir à la vie qu’elle souhaitait pour elle-même. Ce personnage féminin oscillant entre la force dont elle a bien dû faire preuve pour élever son enfant et la fragilité qui la traverse à chaque déconvenue, c’est Nadia Tereszkiewicz, la révélation du moment (aussi à l’affiche de Babysitter) qu’on n’a pas fini de voir. C’est un personnage dont il faut écouter les silences et l’expression plus que ce qu’elle dit, qui se révèle souvent le contraire de ce qu’elle désire, ainsi à chaque fois qu’elle repousse Samy.

Ce retour du parent absent, dans un univers marqué par la précarité et le rapport à la nature, perçu du point de vue de l’enfant, n’est pas sans faire penser à Paradis perdu, mais contrairement au film d’Ève Deboise, celui de Fabienne Berthaud choisi de dévier de la chronique sociale réaliste vers le merveilleux du conte. Il y a le vert électrique de la forêt, et l’enfant qui court en scope au milieu des hautes herbes, et puis ce manoir comme sorti d’un grimoire, et sa propriétaire, Ophélie évanouie au milieu des herbes fleuries. On se croirait presque dans Adoration, sauf que le binôme est ici un tandem mère-fils. Un duo qui s’étoffe peu à peu, de la présence occasionnelle des ami(e)s, puis de celle, d’abord rejetée, du père, et enfin d’une grand-mère choisie et providentielle. À mesure que son univers s’élargit, Tom, qui semblait si mature pour son jeune âge, réapprend des réflexes d’enfance. Raconter le réel comme si c’était une histoire, réclamer un chien à sa mère, vouloir apprendre de son père – touchant Félix Maritaud dans un rôle qu’on ne lui connaissait pas encore –, savourer chaque instant qui sort de l’ordinaire. Pour accompagner cette évolution, la photographie se met au diapason : plus on avance dans l’intrigue, plus le réel s’onirise, plus les plans s’alentissent pour nous laisser le temps d’observer des détails, la peau parcheminée comme des tissus, les nuances des fleurs des champs, l’air comme en suspension au-dessus d’un bon repas. On aurait pu s’attendre au début du film à de la violence, à quelque chose qui tourne mal. C’est tout l’inverse. Tom est un film d’enfance, un film comme dans les contes lus par la voix d’un parent à l’âge où on peut encore y croire : se dire que malgré les pires épreuves, il est possible de vivre heureux, sans forcément beaucoup d’enfants.

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