« Cœurs vaillants », mais tant qu’il bat

Rose, conservatrice de musée, arrive à Chambord avec une cargaison un peu particulière. En cet été 1942, ce ne sont pas seulement des tableaux qu’elle accompagne, mais aussi des enfants juifs à faire passer en zone libre…

On avait un peu perdu de vue Mona Achache depuis son premier film, l’adaptation du roman de Muriel Barbery, Le Hérisson. Celui-ci avait déjà comme particularité de mettre en scène une enfant dans le rôle principal. Cette fois-ci, c’est tout un groupe de jeunes acteurs et actrices non professionnel(le)s qui guident les spectateurs/trices dans cette aventure sur fond de Seconde Guerre mondiale.

Dès la scène d’ouverture, remarquablement immersive, la caméra subjective et des gros plans au plus près des jeunes protagonistes contribuent à nous faire vibrer au rythme du danger encouru. Pour insister sur le sentiment d’urgence, nous faire ressentir l’exaltation et la frayeur des enfants, la cinéaste s’appuie en particulier sur la bande-son signér Benoît Rault, dont la musique est scandée par une pulsation cardiaque qui prend de l’ampleur dans les scènes les plus tendues. C’est une façon pour la réalisatrice, qui s’inspire du destin de sa grand-mère, qui fut une enfant cachée pendant la guerre, d’abolir la distance historique et d’essayer de rendre le récit universel.

Pour nous faire partager et ressentir le quotidien de ce groupe d’enfants, il y a l’aspect immersif lié à la conscience aiguë du danger de l’époque, mais aussi un côté plus onirique, qui lorgne vers l’imagerie du conte, quelque part entre le Petit Poucet et Peter Pan. Dans un château de conte de fées, le vrai Chambord dont les créneaux des tours se détachent en dentelle sur fond de nuit américaine, il est aisé de se trouver des cachettes et de se raconter des histoires. Mais dans la forêt, les enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes, alors que les adultes sont restés à l’abri du village. Cette forêt est à la fois nourricière, enchanteresse avec la présence de nombreux animaux, des plus petits comme les fourmis ou l’escargot aperçu à travers les verres de lunettes de Jacques, aux plus imposants tels que les sangliers ou les cervidés. Mais c’est aussi un lieu dangereux, parcouru par des figures de grands méchants loups hélas moins inoffensifs que leur costume et leur accent folklorique ne peuvent laisser paraître. Et puis, au-delà du danger des hommes, il y a les mauvais secrets de la nature, qui reprend autant qu’elle donne.

Sans jamais édulcorer ni abolir la réalité de la tragédie et des risques encourus, Mona Achache, soutenue dans l’écriture notamment par Valérie Zenatti, elle aussi habituée à écrire pour et autour des enfants et adolescents, réussit un subtil mélange d’ombre et de lumière. Si l’aspect émotionnel n’est pas forcément ce que réussissent le mieux ses jeunes interprètes, on peut compter sur la dignité incarnée par Swann Arlaud et Camille Cottin pour apporter une forme de gravité bienvenue. On n’évite pas tous les poncifs autour de ce sujet, mais le film se présente comme une histoire d’aventure de bonne facture qui peut être montrée aux plus jeunes comme une initiation à un sujet qu’ils auront bien le temps de creuser dans tous ses aspects les plus terribles.

La meilleure surprise de ce long-métrage, c’est sans doute son esthétique, sa photographie poétique et champêtre, signée de l’Islandais Isarr Eiriksson, qui propose des plans larges déments sur les reflets de Chambord dans ses vastes douves, aussi bien que des plans de détails sur des objets du quotidien chers aux enfants démunis de tout ou sur des éléments naturels qui, par le prisme de la caméra symbolisant l’œil plein de curiosité de l’enfance, en deviennent presque surnaturels. Dans cette enfance livrée à elle-même qui fait société dans la nature, on retrouve quelque chose de Wendy, la récente adaptation de Peter Pan, l’épuisante cacophonie en moins. On n’aurait pas forcément attendu cela dans un film sur la période de la Seconde Guerre mondiale, mais cette hybridation est rafraîchissante et c’est elle qui fait la valeur du long-métrage.

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