« Petite leçon d’amour » : les étoiles de Paris

Dans un café, Julie trouve un paquet de copies de mathématiques où s’est glissée la lettre d’une ado désespérée, prête à se tuer si le prof dont elle est amoureuse ne vient pas la chercher avant l’aube. Julie se met en quête de l’enseignant…

Après un premier long-métrage dramatique (Paradis perdu), Ève Deboise se lance dans un projet très différent, celui d’une comédie qui change également de décor. Exit la ruralité, c’est à Paris et dans ses banlieues que les personnages ont une nuit pour mener leur quête.

Du café qui lui fait face au lycée Jacques Decour (le même que l’on a déjà pu observer dans Mon Inconnue), d’une fin d’après-midi au lendemain matin, Julie entraîne avec elle Mathieu dans une épopée loufoque où chaque étape amène un indice, mais aussi une rencontre. La construction du scénario rappelle le fonctionnement d’Adieu les cons, progressant par sauts vers une forme de révélation. Ce n’est pas tellement du côté de l’originalité de l’intrigue qu’il faut chercher l’intérêt de ce film. L’écriture est plus fine dans les détails que dans les grands traits : dès la scène d’ouverture, il y a un plaisir du dialogue, qui permet de faire ressortir le caractère des personnages et en particulier celui de Julie, à la fois paumée et pétillante, finalement bien symbolisée par son champagne versé dans un biberon. Mais aussi, et peut-être surtout, un plaisir de la mise en scène des corps en mouvement. La comédie fonctionne grâce à son rythme mais aussi à l’abattage de ses interprètes, à la fois dans le ping-pong des répliques mais également dans l’investissement physique qui leur est demandé.

D’un côté, il y a cette toute petite voiture dans laquelle il faut s’entasser et qui par sa portière H.S. amène à se contorsionner régulièrement. De l’autre, le danger qui menace et oblige à courir d’un point à l’autre, avec un duo de personnages traversant le cadre fixe à nous donner le tournis. Entre les deux, des moments de gêne ou de grâce, avec leur lot de cascades du quotidien : tomber dans les pommes, porter une personne endormie, se jeter par terre…

Dans ce cadre réaliste, symbolisé par les magnifiques plans sur les toits parisiens à mesure que la nuit tombe, puis la représentation stylisée des différents types de banlieue, des maisons cossues aux petits pavillons tous identiques en passant par les barres d’immeubles, se greffent des moments plus burlesques ou poétiques, plus décalés et inattendus. C’est une soirée déguisée où les masques révèlent plus qu’ils ne cachent, une rencontre nocturne avec un animal sagace, une partie de 1000 bornes grandeur nature. Les animaux ont d’ailleurs une place spéciale dans le récit, en particulier les chiens, avec l’opposition entre le Rottweiler de garde et le tout petit Shalimar, d’une race imaginaire, à croquer avec son oreille tombante.

Cette opposition animalière est finalement un bon symbole des contrastes qui construisent la tonalité du film : à la drôlerie primesautière qui imprègne jusqu’à la musique, s’oppose le fond de l’affaire, avec ce risque d’un suicide au petit jour. Les personnages principaux eux-mêmes sont traversés de cette tension entre une forme de légèreté et de gravité, entre une tendresse et un besoin d’amour qui les rendent attachants et des défauts qui les rendent problématiques. Pour incarner ce duo capable d’amuser, de toucher mais qu’on a aussi parfois envie de secouer fortement ou de remettre à sa place, le choix de Laetitia Dosch et Pierre Deladonchamps est une évidence. L’une comme l’autre ont cette capacité à se mouiller, à ne pas avoir peur d’incarner autre chose que des héros/ïnes sympathiques. Cette ambivalence trouve toute sa place dans les personnages de Julie et Mathieu, tous deux confrontés à une certaine relégation sociale : de mannequin à dog-sitter, de père de famille installé à futur divorcé dormant dans sa voiture. Et pour eux deux, mais aussi pour une partie des personnages secondaires, cette nuit capitale – dans la capitale – est l’occasion de tout remettre en question, de se confronter à la réalité de leurs problèmes mais aussi, en tentant ensemble de rendre service à autrui, de voir l’existence sous un autre prisme. Malin dans sa résolution de l’intrigue principale, le film séduit aussi par les détours qu’il prend et par la lumière qu’il redonne peu à peu à son couple charmant.

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