« Babysitter », anti–sexist story ?

Jeune papa, Cédric fait une blague sexiste en direct à la télévision après une soirée alcoolisée. Mis sur la touche au travail, il est encouragé par son frère à se remettre en question à travers un exercice d’écriture. Alors que sa femme retourne travailler, il embauche une babysitter…

On n’avait pas pu manquer ses débuts décapants avec La femme de mon frère, Monia Chokri revient secouer le cinéma francophone avec Babysitter. Adapté d’une pièce de théâtre de 2016 de Catherine Léger, une dramaturge que la cinéaste apprécie tout particulièrement, le film se veut très fidèle au texte, ayant simplement changé quelques détails pour coller à l’évolution de la question sexiste dans la société canadienne dans les années 2020.

La réalisatrice retrouve Patrick Hivon, déjà présent dans son premier film, et lui offre le rôle pas si simple de celui par qui le scandale arrive. En sortant d’un match sanglant et graphique de MMA, le jeune papa éméché crie à l’antenne une déclaration assortie d’un bisou sur la joue non-consenti à la journaliste sportive qui couvre l’événement. Aussitôt, tout s’emballe sur un rythme effréné, montrant bien qu’il suffit dans un écart de taille, un seul (mais était-ce vraiment le seul, c’est toute la question), pour que son auteur risque de tout perdre. La cinéaste semble prendre un malin plaisir à retourner les clichés comme un gant : dans son film, ce sont les hommes qu’on pourrait qualifier d’hystériques, en particulier avec le binôme des deux frères qui passent leur temps à répéter les mêmes choses en boucle, à se disputer en haussant le ton, à paniquer alors que l’épouse, Monia Chokri elle-même, fait preuve d’un calme et d’un détachement qui ont plus à voir avec l’épuisement post-partum, semble-t-il d’abord, qu’avec un vrai positionnement.

Avec l’arrivée du personnage de la babysitter (Nadia Tereszkiewicz, à l’affiche de deux films en deux semaines, hasard du calendrier), c’est un nouveau coup de pied dans la fourmilière qui attend le couple. Riche en facettes et en rebondissements, ce personnage d’apparence candide a plus d’un tour dans son sac pour surprendre les spectateurs/trices. Elle entraîne le film social loufoque, naviguant entre la satire et le vaudeville, du côté de l’esthétique du conte et du cinéma de genre. Alors que les hommes se débattent avec l’analyse de leur machisme et des failles de leur virilité, les femmes sont tour à tour soubrette, spectre, marâtre inquiétante, héroïne en détresse, dominatrice… Il n’est pas toujours facile de savoir quelle ligne le scénario veut tenir, tant la vélocité et le mélange des genres étourdissent. Une chose est sûre, on prend un malin plaisir à voir les personnages se débattre dans la situation apparemment inextricable dans laquelle le mauvais comportement de Cédric et ses suites les ont entraînés.

Rendant vraiment hommage au texte de Catherine Léger, Monia Chokri fait pourtant bien plus que du théâtre filmé, une œuvre de cinéma riche en références et généreuse au point qu’on ne sache plus où donner de la tête. Le côté vintage du 35 mm s’associe avec l’esthétique kitsch des décors (le cabinet de la pédiatre façon shooting d’Anne Geddes) et des effets de style comme ces plans de respiration sur les patins à roulettes, mais aussi avec des éléments très sombres (les plans fantomatiques de la mère en chemise de nuit dans les miroirs, la voix de cauchemar prise par Amy pour manipuler les hommes…) et d’autres très pop et modernes (l’intégration de l’usage des réseaux sociaux par Nadine lorsqu’on la découvre, le combat de MMA…). À l’image de la protagoniste qui lui donne son titre, le film de Monia Chokri cache bien son jeu pour mieux nous renvoyer la balle à la figure. Une main de fer dans un gant de velours qui vient écraser des couilles avec humour, et le pire, c’est que ses victimes pourraient bien en redemander.

 

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