« Ogre », le fantastique pour les plus jeunes

Chloé et son fils Jules débarquent dans un village du Morvan pour entamer une nouvelle vie. Bien accueillis par le maire, ils découvrent rapidement que les habitant(e)s sont à cran en raison d’une bête qui égorge les veaux la nuit…

Après La Nuée et Teddy, l’écurie The Jokers continue à distribuer des films de genre français, ce dont on ne saurait trop les remercier. Ici, c’est Arnaud Malherbe qui après un passage par la réalisation de série (Chefs), s’attaque à une première incursion en long-métrage dans le genre fantastique.

Avec son titre faisant allusion à une figure bien connue des contes, et son imagerie forestière assortie, on peut saluer la compréhension parfaite du cinéaste de ce qu’est le fantastique : non pas tant l’irruption de la magie ou du surnaturel dans le monde réel mais bien plutôt celle du doute. Qu’est-ce qui a ou non existé de ce que l’on a vu ? Un fantastique classique, plus proche de Maupassant ou Mérimée que d’œuvres contemporaines, qui jusqu’au bout laisse planer une ambiguïté bienvenue.

Et pour cela, le film se place à hauteur d’enfant. La caméra accompagne le petit Jules (Giovanni Pucci), gamin renfrogné et pâlichon qui a pour singularité un trouble auditif corrigé par un appareillage qu’il peut choisir d’éteindre. Le travail de son est remarquable pour nous faire éprouver la bulle dans laquelle l’enfant se retranche, faite de sons étouffés. Ces passages s’accompagnent de plans en caméra subjective sur les visages des adultes qui s’expriment sans qu’on puisse percevoir la teneur de leurs conversations. D’emblée, c’est le moyen de nous faire éprouver que Jules ne vit pas totalement de plain-pied dans le monde des autres, qu’il a son propre univers où il peut se réfugier. Un univers dans lequel on peut faire taire ce qui nous dérange (et on peut supposer que cela lui a servi à ne pas toujours entendre les disputes violentes entre ses parents, puisqu’on comprend rapidement que Chloé a fui le père de l’enfant qui les maltraitait), et peuplé des chimères de l’enfance.

Jules craint le monstre qui vient la nuit, qui prend l’apparence dans ses dessins du méchant du manga qu’il est en train de lire. Il a peu d’ami(e)s dans sa nouvelle école, mais se prend de fascination pour Jérémy, le fils d’un agriculteur récemment disparu. Avec la copine de ce dernier, il se persuade que le disparu a été victime d’une bête, la même qui vient rôder sous ses fenêtres dans l’obscurité. Comme souvent les gamins solitaires, Jules entretient un lien fort avec la nature, sous la forme des oiseaux qu’il apprivoise, dans le plus pur style Blanche-Neige.

L’imagerie des contes est plutôt bien exploitée au cœur du drame social et familial, l’ogre devenant l’avatar d’une masculinité dangereuse, associée au trauma du père. Mais la menace est-elle réelle ? Le film réussit assez bien à en faire douter, mais en revanche l’identité de celui que l’enfant va considérer comme l’ogre est évidente d’emblée, posée par une référence pataude au poids de l’enfant. De même, dès les toutes premières apparitions des oiseaux, on devine immédiatement à quoi ils vont servir dans l’intrigue. De ce fait, l’ensemble manque de rebondissements et d’une vraie tension. La musique en fait des tonnes pour appeler l’angoisse, sans succès. Nous ne sommes plus des enfants, nous n’avons pas peur du monstre qui rôde, et on a juste envie d’indiquer à Chloé d’emmener rapidement son fils consulter un psychologue au lieu de lui demander de taire ses traumas (pire conseil parental d’ailleurs).

Il y a de l’idée, quelques jolis plans, mais comme dans Teddy les effets ne sont vraiment pas au niveau et l’ensemble reste inégal et facile. Dans l’esthétique de la menace à la campagne, Ana Girardot avait trouvé plus abouti avec son rôle dans Les Revenants. Peut-être plutôt un film destiné aux plus jeunes finalement, sur lesquels il a davantage de chances de faire de l’effet, et qui les initiera en douceur au cinéma de genre à la française.

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