« Charlie et la chocolaterie », Golden ticket pour cœur d’or

Charlie grandit dans une famille aimante mais sans le sou. Lorsque le célèbre chocolatier Willy Wonka glisse cinq tickets d’or dans ses tablettes, la famille tente d’aider l’enfant à réaliser son rêve…

Après une carrière déjà florissante, Tim Burton peut enfin accomplir au milieu des années 2000 un rêve de longue date. Les héritiers de Roald Dahl ayant enfin accepté après sa mort ce que l’écrivain avait toujours refusé de son vivant – une nouvelle adaptation de Charlie et la chocolaterie –, le cinéaste réputé pour son univers gothique et sombre s’attaque, ô surprise, à ce classique de la littérature enfantine.

Après quelques atermoiements, le réalisateur s’appuie sur une équipe bien connue puisqu’il retrouve Danny Elfman à la composition musicale et Johnny Depp dans le rôle principal adulte. C’est ce dernier, convaincu par Freddie Highmore lors du tournage de Neverland, qui le fait embaucher pour incarner Charlie. Le petit garçon apporte ce qu’il faut de détermination et de bonté à son personnage, le rendant fondamentalement attachant bien qu’on le connaisse finalement assez peu. Quant à Depp, il produit un Wonka bien différent de celui du roman physiquement, mais aussi dans l’attitude et les manières. Sorte de grand enfant dégingandé, jamais remis de la rupture avec son père, un passif qui n’existe pas dans le livre, il est mal à l’aise avec les relations sociales et volontiers cruel. Beaucoup d’éléments ont été ajoutés dans le scénario de John Auguste, peut-être sous l’impulsion de Burton car ils coïncident avec les ajouts opérés notamment dans son Dumbo : développement des personnages humains en leur ajoutant un arrière-plan, afin de rendre plus compréhensibles leurs motivations et leurs failles. Le film a ainsi quelque chose de plus psychologique que la version initiale du conte.

Mais ce n’est pas l’intérêt principal d’un long-métrage qu’on regarde moins pour ce qu’il raconte, son récit d’apprentissage où chaque étape voit échouer un enfant à cause de ses défauts d’éducation, que pour son univers esthétique très marqué, comme toujours chez Burton. L’ambiance du film réussit à être à la fois extrêmement colorée et très sombre, l’intérieur de l’usine semblant aussi menaçant qu’attractif. On apprécie les références cinéphiles glissées dans chaque tableau telles que celle à L’Homme au masque de cire, à Psychose, à Men in Black… Il y a un plaisir manifeste pris à nous entraîner, avec force effets spéciaux, à travers toutes les inventions les plus foldingues de Wonka. Ce qui fonctionne le mieux, ce sont les chorégraphies des chansons des Oompa Loompa, pléthore de petits personnages tous identiques dont les costumes farfelus et les paroles bien senties constituent des intermèdes de pur divertissement, presque dans la lignée d’une comédie ballet du temps de Molière et Lully plus que d’une comédie musicale à proprement parler. En séduisant dans ses changements de rythme, comme cette course effrénée en bateau qui contraste avec le temps pris à folâtrer dans les champs de sucre, le long-métrage évite l’écueil de l’ennui malgré sa structure répétitive.

Parmi les ajouts au récit initial, le plus attachant est sûrement le personnage de grand-père retournant dans l’usine où il a aimé passer le plus clair de sa carrière, incarné par l’acteur irlandais David Kelly, dans l’un de ses derniers rôles. Ce qu’on peut un peu regretter en revanche, c’est que l’usine de confiserie ne réussisse pas à donner vraiment l’eau à la bouche, étant davantage axée sur l’originalité des inventions de Willy Wonka que sur la sensorialité et les recettes de ses sucreries.

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