« Antoine et Colette », premier amour

Antoine Doinel, 17 ans, vit désormais place de Clichy et a gagné son indépendance. Il travaille chez Philips et est inscrit aux jeunesses musicales. Lors d’un concert, il repère Colette et finit par l’aborder…

 Movie Challenge 2022 : un court-métrage

Segment du film collaboratif et international L’amour à 20 ans, ce court-métrage qui suit Les 400 coups, nous permet de retrouver Antoine Doinel, le jeune héros cher à François Truffaut. En fait de 20 ans, l’adolescent en a 17 et Jean-Pierre Léaud, qui l’incarne, paraît à peine sorti de l’enfance. Et pourtant, il a bien changé depuis sa première apparition : assagi, bien coiffé, propre sur lui, il s’efforce de mener une vie rangée, arrivant à l’heure au travail, menant consciencieusement à bien ses tâches, employant son temps libre à des activités moins répréhensibles qu’autrefois. En effet, son loisir semble partagé entre la musique classique, le cinéma, et de bien innocentes conversations au café avec son ami René, celui-là même avec lequel il faisait les quatre cents coups enfant, ce qu’ils prennent plaisir à se remémorer, quelques flash-backs à l’appui.

Dans un noir et blanc toujours élégant, et rehaussé d’une voix off relativement discrète, François Truffaut nous promène dans un Paris musical où le quatrième art apparaît sous des formes diverses, des tubes de l’époque aux concerts classiques. La première scène chez Philips est même l’occasion d’un clin d’œil amusé à Georges Brassens, traversant subrepticement l’écran. Mais le jeune Antoine n’a pas que des préoccupations esthétiques. Avec tendresse et un subtil jeu de cadrage et de montage, le cinéaste révèle le coup de foudre de son héros pour la jolie Colette (la regrettée Marie-France Pisier).

S’ensuit un jeu du chat et de la souris, sans qu’on sache très bien qui des deux est le rongeur et qui le félin. D’abord relativement assuré, préparant sa stratégie d’approche, séduisant les parents de sa belle, allant jusqu’à déménager pour s’installer sous ses fenêtres, Antoine doit peu à peu se rendre à l’évidence : se faire aimer, c’est pas gagné. Pendant que René lui apporte la preuve des progrès de sa propre romance, Antoine fait du surplace. On voit venir avant lui la résolution de l’affaire et cette ironie dramatique est sans doute ce qui nous attache, qui nous fait compatir, nous souvenir de nos propres échecs de jeunesse, et éprouver pour le personnage une vraie tendresse, que semble partager la caméra.

Si ce court-métrage n’est certes pas le morceau le plus connu de la filmographie de Truffaut, il brille pourtant par ces modestes qualités. Concis, précis, bien écrit et savoureusement interprété, ce témoignage que les amours adolescentes des sixties n’étaient pas bien différentes des nôtres, se paie le luxe de quelques plans particulièrement mémorables, comme cette conversation entre Colette, sur le pas de la porte, et Antoine, affalé sur son lit, attrapant grâce au miroir en pied les réactions des deux protagonistes dans le même cadre. Les effets de style qu’on n’a pu repérer dans les œuvres longues du réalisateur sont moins marqués, et on osera dire que c’est tant mieux. Parfois, les histoires les plus courtes sont les meilleures.

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