« Face à la mer », je prends mon dernier rêve

Après avoir vécu quelque temps à Paris, Jana rentre à Beyrouth. Elle retrouve ses parents, puis son amoureux Adam, mais ne raconte à personne les raisons de son retour…

Son court-métrage Waves 98 avait fait sensation à Cannes en 2015, emportant la Palme dans sa catégorie. L’artiste cinéaste Ely Dagher a pris son temps pour revenir avec un premier long-métrage, centré sur le quotidien des Libanais d’aujourd’hui.

Dans le rôle principal, on retrouve l’actrice franco-libanaise Manal Issa, décidément associée cette année à des projets autour du pays où elle a grandi. En effet, elle tenait déjà un rôle important dans Memory box, sorti en début d’année. Les thématiques de Face à la mer sont assez similaires, avec un questionnement sur la possibilité de renouer avec le pays d’origine après l’avoir quitté, en espérant trouver une vie meilleure ailleurs. Pour Jana, ailleurs c’était Paris, mais de son passage à la capitale on ne verra aucune image, pas un flashback, pas une photo, et on n’aura que très peu d’informations, tant le scénario laisse la part belle au mystère. La protagoniste en est tout en tout entière nimbée, comme entourée par un halo de silence, incapable de crever l’abcès de son ego pour confesser les raisons de son retour, visiblement pas motivée par le manque du pays ou de ses proches.

L’autre personnage principal du film, c’est la ville de Beyrouth, montrée sous un jour très différent des clichés. Cette capitale qu’on imagine animée, vivante, blanche comme les villes du Sud, est essentiellement présentée de façon nocturne, avec des plans presque futuristes qui font penser à un cinéma de science-fiction sur les tours modernes dont les appartements ne parviennent plus à trouver preneur. Le bleu nuit qui se reflète sur les façades vitrées, le bleu gris des intérieurs, le bleu chargé de reflets de nuages de la mer, toutes ces nuances dessinent un tableau aux couleurs froides, où les seuls éclats plus vibrants appartiennent aux aliments que prépare la mère, comme une garantie que la vie peut poursuivre son cours, au moins d’un point de vue organique, ou aux lumières stroboscopiques qui le temps d’une soirée trop alcoolisée laissent à la jeunesse un rappel de la normalité.

Dans les rues désertes, sous une chape de silence accentuée par la musique faisant elle aussi penser à un cinéma de genre inquiétant, la vie semble s’être arrêtée. Entre le traumatisme de violences armées et la conjoncture sociale dominée par l’absence de travail, plus personne ne peut faire de projets d’avenir. La dépression guette, économique et psychologique, et toutes les générations s’abrutissent de comprimés variés pour tenter de supporter le marasme. Pour Jana, la dépression prend la forme d’une incapacité à sortir du lit, mais aussi à communiquer avec son entourage, et à faire quoi que ce soit d’autre que des fêtes tristes. Le film a un parfum de fin du monde, celui d’une ville qui rend fou, comme s’il flottait dans l’air des particules nuisibles à ceux qui l’arpentent. On ne sait pas bien ce qui menace, mais la tension va croissante, à mesure que la situation parait s’engluer.

Ce récit d’un retour dépité, dans un pays que l’on avait choisi de quitter et qui colle à la peau comme un mauvais parfum, c’est une autre version de l’histoire de Persépolis, une version plus moderne où l’espoir s’est encore amenuisé, où il n’y a plus de place pour le rire, la tendresse et les histoires.

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