« Azuro », le feu aux poudres

Un groupe d’ami(e)s français(es) est en vacances dans un village italien. L’arrivée d’un touriste étranger sur son bateau apporte un peu de piquant dans l’ennui de ces vacances caniculaires…

L’acteur Matthieu Rozé s’est soudainement pris de passion pour l’œuvre de Marguerite Duras, et se lance dans la réalisation d’un long-métrage pour adapter librement Les Petits chevaux de Tarquinia. Désireux de faire un film d’acteurs/trices, il crée un groupe crédible autour de Valérie Donzelli en tête d’affiche. Elle retrouve Thomas Scimeca auquel elle avait déjà donné la réplique dans sa dernière réalisation de cinéma en date, Notre Dame, et le duo est accompagné de Yannick Choirat, Maya Sansa, et Florence Loiret-Caille. Il y aurait presque un côté Petits mouchoirs dans ce groupe de quadras encroûté dans ses petites habitudes, partant toujours en vacances ensemble au même endroit, dans ce village italien qui n’est pas nommé et qui ne semble pas spécialement leur plaire, mais auquel ils et elles retournent toujours. C’est comme le restaurant de l’hôtel local, dont tous/tes critiquent la cuisine à chaque repas en insistant pourtant sur leur incapacité à aller ailleurs. Le personnage du navigateur, jamais nommé, théorise d’ailleurs cet entrelacement entre la répulsion et l’addiction à propos du Campari, dont les personnages se saoulent à longueur de film.

Et quelque part c’est un peu cet effet que l’œuvre peut produire sur les spectateurs/trices. Exigeant comme le sont les œuvres de Duras, comme elles filandreux au sujet des relations humaines, le long-métrage auteurisant n’a pas de scrupules à sonner volontairement faux. Valérie Donzelli y est donc parfaitement à sa place, avec son jeu si singulier, cette capacité permanente à rappeler que tout est fiction. Même l’esthétique du film ne cherche pas le réalisme, ou alors une forme de réalisme magique. Si au début on est dans un classique film de canicule, avec des gros plans sur les visages fatigués par la chaleur, une image joliment surexposée, et des plans fixes comme si l’immobilité gagnait même la caméra, peu à peu autre chose se dessine, la mer devient rouge, le ciel coloré par l’incendie sur les hauteurs, jusqu’à l’orage apocalyptique aux effets improbables.

Sur le fond, il y a dans cette version plus moderne de Duras quelque chose qui rappellerait UV (l’adaptation que Gilles paquet Brenner avait faite du roman de Serge Joncour), ou dans un autre genre Plein sud. Quelque chose de l’ordre de la menace qui plane sur le quotidien, comme si la seule sortie possible de l’ennui était violente. Le danger qui rôde apparaît dans l’intrigue parallèle de la famille du restaurateur, qui après avoir perdu un fils au feu, s’inquiète que son petit-fils soit lui aussi engagé contre l’incendie. Mais aussi dans des détails, les coupures à l’arcade parallèles de Margaux et de l’enfant, le risque du saut de l’ange dans une eau dont la profondeur n’est pas connue.

Malgré tout, le cinéaste a voulu conserver une part de légèreté, une façon de presque se moquer de ses personnages, avec des gros plans sur leur regard, des répliques insistant sur leur absence de discrétion dans leurs amours de vacances, la caméra subjective exagérant la puissance du nageur ou la rutilance du navire. Qu’est-ce que cela dit, tout ça, au fond ? Qu’il faut un peu de piquant pour survivre à l’ennui de la conjugalité ? Que les couples solides jouent à se faire peur chacun à sa manière ? Qu’il faut envisager le risque de partir pour se convaincre de rester ? Finalement, c’est comme si rien de ce qu’on avait vu n’avait eu d’importance. Comme si l’homme (Nuno Lopes) n’avait peut-être même pas existé, que comme un fantasme inventé par le groupe pour s’exalter.

 

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