« La Comtesse », miroir, mon beau miroir…

Erzsébet Báthory, mariée tôt à un homme puissant de Hongrie, devient créancière du roi et rempart contre les Turcs même après son veuvage. À Vienne, où elle fait élever ses enfants, elle rencontre le jeune Istvan Thurzo dont elle s’éprend…

Movie Challenge 2022 : un film qui commence par la fin de l’intrigue

La filmographie de Julie Delpy en tant que réalisatrice est très largement tournée vers la comédie, avec des problématiques contemporaines telles que les relations amoureuses et familiales, la comparaison entre la France et les États-Unis, les difficultés liées à la maternité… Parmi ses œuvres de qualité variable, La Comtesse fait figure d’exception en tant que film historique, inspiré d’une personnalité réelle de l’histoire de Hongrie, autour de laquelle de nombreuses légendes ont été forgées. Erzsébet Báthory, la fameuse comtesse, aurait eu des ancêtres proches du comte Dracula, et aurait trouvé dans ses terres l’inspiration de suivre les traces du célèbre comte et d’accomplir des séances de torture afin de se baigner dans du sang de vierge en guise de cure de jouvence. On est quelque part entre l’image de la sorcière et celle du vampire, entre Barbe-Bleue et sa chambre aux épouses sacrifiées et Gilles de Rais et ses meurtres d’enfants.

La réalisatrice colle esthétiquement bien à l’idéal vampirique avec un personnage principal, qu’elle interprète, dont les cheveux noirs, les yeux clairs et la peau pâle sont exacerbé(e)s par les éclairages faisant la part belle aux ombres, les tenues blanches et noires, les décors chargés mais sombres, le plus souvent plongés dans une semi-obscurité qui la ferait paraître presque comme un spectre. Les personnages qui entourent la comtesse correspondent aussi aux attentes : sa dame de compagnie Darvulia, accusée de sorcellerie (l’actrice roumaine Anamaria Marinca, connue pour le film 4 mois, 3 semaines, 2 jours), a des reflets roux dans sa chevelure, son amant est loué pour sa peau pâle et lisse, ses ennemis sont tous habillés de noir… Le sang rouge et frais paraît presque la seule touche colorée du long-métrage, pour autant on peut saluer le fait qu’il n’en soit pas fait un usage excessif. La scène, qui apparaît dans un livre consacré au personnage historique, où la comtesse blesse la servante qui la coiffe et semble découvrir dans son sang une crème antirides, est traitée avec un certain réalisme. Par la suite, malgré quelques plans très graphiques, il ne s’agit pas de faire du gore. La cage, objet qui sert de preuve à la cruauté de la comtesse, n’est montrée en entier qu’à la fin, lors du procès. Lorsqu’elle est utilisée, on se contente de gros plans subreptices qui permettent de comprendre sans trop en dévoiler, laissant la place à l’insinuation et à l’imagination des spectateurs/trices.

La réserve, la pudeur, l’élégance de la mise en scène, du travail de cadrage et de montage, de l’emploi du hors champ, sont assez surprenant(e)s de la part de Julie Delpy, qui nous a habitué à un style plutôt friand d’en faire des tonnes, dans le bruit, dans les comportements excessifs des personnages, dans la violence qui s’insinue dans les rapports humains les plus quotidiens. C’est comme si, en s’appropriant un sujet où il aurait été tellement facile de tomber dans la caricature de son style, elle l’avait à l’inverse très largement épuré, pour produire son œuvre la plus fine et la plus réussie. On peut toutefois noter quelques points communs entre ce film et le reste de ses réalisations : la lutte contre le temps qui passe et les lois de la nature (My Zoe), les trahisons intimes (Lolo), et le couple qu’elle forme bien sûr avec Daniel Brühl.

Ce qui captive et fascine, c’est le point de vue, qui en choisissant l’amant éperdu comme narrateur, refuse de juger en bloc la comtesse mais tente de la comprendre, de replacer ses agissements dans un cadre historique et politique où elle se trouvait isolée, où beaucoup avaient intérêt à lui nuir, et où en tant que femme il était mal vu qu’elle soit puissante. Sans vraiment faire douter de la réalité des faits, le monologue de la comtesse lors de son procès laisse entrevoir un sous-texte féministe, celui d’une femme qui revendique le même droit à la cruauté, à la violence, à l’utilisation des faibles, que celui que les hommes se sont arrogé depuis longtemps entre guerres, servitude, et mariages forcés.`logo-movie-challenge-nblc

 

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