« Medusa », hurler à la vie

Mariana et ses copines de l’église locale jouent la nuit les justicières masquées pour punir les « mauvaises filles ». Mais une nuit, Mariana est blessée par l’une d’elles, et la cicatrice sur sa joue est le début d’une remise en question…

Movie Challenge 2022 : un film réalisé par une femme

Parmi la vague du jeune cinéma brésilien engagé, Anita Rocha da Silveira avait fait sensation depuis ses courts-métrages en passant par son premier long, Mate-me por favor. On y trouvait déjà une bande de filles, et leur fascination égale pour la religion, le sexe et la violence, qui nourrissent un propos très contemporain sur la nécessaire émancipation des femmes dans un Brésil tiraillé entre modernité, ouverture, et cristallisation sur le conservatisme politique et religieux.

Ces thématiques ont continué de faire leur chemin chez la cinéaste, qui revient avec un deuxième long-métrage les explorant une fois de plus sans détours. Cash, brut, pop, Medusa réécrit de manière symbolique et distanciée le mythe de Méduse, enlaidie et changée en pierre pour avoir convoité un homme. Les serpents ne sont pas sur la tête de la pécheresse, incarnée dans le film par Melissa (Bruna Linzmeyer), célébrité défigurée par un mystérieux ange justicier. Ils sont sur les affiches placardées par l’Église du pasteur Guilherme, d’un rose layette savamment girly. Car dans cette secte chrétienne, les rôles genrés sont poussés à leur paroxysme. Aux hommes, le polo vert sapin et le haka démonstratif de force accompagné de cris animaliers. Aux femmes, les robes pastel et la rengaine pop « Jésus est mon amour » avec chorégraphie aérienne assortie. Et l’union ne peut être envisagée qu’entre ces deux camps destinés à former des mariages religieux pour perpétuer l’Église… mais aussi la masse des soutiens financiers et électoraux du pasteur, car comme dans toute emprise sectaire le gourou sert ses intérêts.

Dénonçant non sans humour l’escalade du conservatisme, Medusa démontre comment les outils les plus modernes, tels que les vidéos YouTube, les selfies ou les hits musicaux peuvent être détournés pour prôner des principes d’un autre temps. Mais l’accent est aussi porté sur l’hypocrisie, les « Précieuses » ne soignant les apparences de douceur et de pureté que pour mieux aller tabasser dans la nuit des proies isolées jugées « impures » du simple fait de leur présence sur la chaussée à une heure avancée. Victimes inconscientes d’un système ultra-patriarcal, elles exultent en bourreaux, illustrant le phénomène des alliées du pouvoir dominant masculin qui pensent y trouver leur compte et leur salut.

Le propos sociologique est riche et pertinent, et passe d’autant plus aisément qu’Anita Rocha da Silveira et son équipe font preuve d’une ambition esthétique folle. Si elle cite Argento ou De Palma, dont on reconnaît le goût pour les couleurs saturées (en particulier le rouge et le vert) et le travail de montage, la cinéaste offre une palette néon qui fait surtout diablement penser à Araki et Bruce LaBruce, dans ce mélange iconoclaste de symbolisme marqué, de références contemporaines, de théorie du complot et de noirceur. On reconnaît en particulier les masques d’animaux de Kaboom, mais cette fois-ci du côté des victimes.

Dans ce long cauchemar où chaque plan ou presque est un perfect shot à la symétrie travaillée, évoluent en tandem la brune Mari Oliveira et la blonde Lara Tremouroux, aussi crédibles dans les excès initiaux de leurs personnages que dans leur évolution progressive. Elles savent tout jouer, la piété et la révolte, la colère et le désir, la poker face angélique et le cri de Méduse. Et la caméra fascinée par leurs visages lisses prend un malin plaisir à nous les montrer écorchées ou déformées par l’émotion violente, faisant pour de bon tomber le masque.

Cousin bien moins gore d’un Assassination Nation, manipulation des principes religieux à la Benedetta version contemporaine, les comparatifs ne manquent pas pour cet objet inclassable, ni horrifique ni social, ni réaliste ni fantastique, quelque part dans cet entre-deux où la condition féminine apparaît comme un cauchemar à interrompre, dont seul le cri peut hâter le réveil.

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