« Mate-me por favor », sang, sexe et sueur

Bia et ses copines sont en émoi : dans leur quartier sont retrouvés des cadavres de jeunes femmes à peine plus âgées qu’elles. Les adolescentes se passionnent pour ce fait divers, qui concurrence le sujet de leurs amours…

On la retrouve cette année avec Medusa, mais Anita Rocha da Silveira avait déjà fait sensation en 2015 avec son premier long-métrage Mate-me por favor, passé par la sélection Orizzonti de Venise. Un premier film centré sur l’adolescence, dont Medusa avec son groupe de jeunes adultes semble une forme de suite logique, d’autant plus qu’on y retrouve l’actrice Mari Oliveira.

Dans ce premier opus, tout commence également la nuit, avec une scène de traque fantasmée qui fait écho au fait divers qui bouleverse l’imaginaire des adolescentes. Les jeunes filles semblent toujours fascinées par ce genre d’histoire, et on peut repenser au récent roman L’Éblouissement des petites filles de Timothée Stanculescu dans les thématiques abordées. La nuit noire qui offre son lot de reflets rouges et verts, les couleurs dominantes de Medusa, s’oppose à une esthétique presque surexposée en journée où le soleil estival contribue à taper sur les nerfs de tout le monde. Sous la chaleur, les tons blancs, roses et bleus dominent, qu’on retrouvera dans les scènes dans l’église de Medusa. Ici, ce sont les couleurs de la jeunesse, des T-shirts de l’équipe de sport du lycée, de la normalité des récréations où on s’amuse avec des danses chorégraphiées dans la cour (scène clipesque sortie de nulle part mais délicieuse). Excitées par la chaleur et la peur que les meurtres font régner sur le quartier, mais aussi par l’absence manifeste des adultes dans leur univers – le seul que l’on voit régulièrement étant le grand frère de Bia, pas vraiment un exemple rassurant –, les filles confondent leurs désirs. Être populaire, se faire remarquer des garçons, être enviée des autres filles, assouvir leurs envies de découverte sexuelle tout en évitant l’opprobre d’une communauté marquée par les sermons de la pasteure locale, tout cela se confond avec le désir malsain et inavoué de faire partie des victimes, comme élue par un criminel qui ne peut apparaître que comme un homme sexualisé. De Mari qui fantasme visiblement sur le frère « bizarre » de sa meilleure amie, à Bia dont la fascination se traduit par des rêves et un stalkage obscène des disparues sur les réseaux sociaux, la mort violente devient peu à peu le seul sujet de conversation. Les séquences courtes s’empilent pour faire monter la tension, et plus chacune souhaite en son for intérieur être la prochaine, plus la concurrence s’exacerbe entre elles, faisant entrer la violence au sein du groupe.

Objet fascinant qui reste mystérieux et résiste à une compréhension trop littérale et à la tentation d’une résolution de polar, Mate-me por favor oscille entre le teen movie à la brésilienne et le film d’horreur que les ados du film auraient adoré mater en douce. Si la thématique religieuse apparaît déjà par petites touches avec ces fameuses chansons appelant Jésus, elle n’est pas aussi majeure que dans Medusa. Cette fois ce n’est pas tant les préceptes du culte qui pèsent sur les jeunes filles que le regard social des pairs et le désœuvrement, cet état universel à cet âge où l’on attend désespérément que quelque chose se passe et signe pour de vrai le commencement de l’existence. Anita Rocha da Silvera a fort bien cerné les turpitudes adolescentes et Valentina Herszage, dans le rôle principal, leur donne corps avec une parfaite intensité contenue.

 

 

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