« Zaï zaï zaï zaï », le paria au poireau

Fabrice, acteur de comédies, va faire les courses au supermarché. Problème : il a oublié sa carte de fidélité dans son autre pantalon, ce qui lui vaut d’être recherché par la police et de partir en cavale en Lozère…

Est-il possible d’adapter l’humour de Fabcaro au cinéma ? C’est une question qu’on s’était déjà posée il y a quelques mois avec la transposition de son roman Le Discours, mais cette fois c’est un peu différent, car c’est une bande dessinée que François Desagnat décide de porter à l’écran, appuyé par le producteur Thibault Gast. Après l’énorme carton du livre, il était à prévoir que les droits soient fortement convoités (et d’ailleurs si Julie Gayet apparaît dans le film, c’est qu’elle a fait partie des intéressé(e)s pour le produire).

Si le réalisateur craignait que l’humour absurde de l’intrigue ne passe pas du découpage en cases dessinées au montage filmé, c’est en effet sans doute le point faible du film. Celui-ci tient visiblement à respecter la fidélité au matériau d’origine, en tout cas surtout au début, et à conserver les gags les plus marquants tels quels. Sauf que ce qui produit le rire chez Fabcaro, c’est ce sens du décalage qui prend le temps d’advenir, avec une surenchère de case en case, ou des cases de « pause » avant une réplique particulièrement inattendue. Difficile pour le cinéaste de rendre ces effets, qui produisent souvent des flops, notamment dans presque tout ce qui a trait aux policiers mais aussi en grande partie à la médiatisation de l’affaire.

Pourtant il y a aussi de jolies choses dans ce Zaï zaï zaï zaï, et c’est en fait le plus souvent là où il s’écarte de son matériau d’origine qu’il trouve un souffle propre. On ne peut que saluer l’initiative d’avoir embauché Cyril Houplain à la direction artistique, car le film a un côté très graphique qui surprend positivement. Que ce soit le mouvement circulaire, repris du tambour de la machine à laver au rond-point en passant par la roue du rongeur du petit Gérard, ou l’idée de véhicules tous identiques, d’une couleur rouille douteuse, mais aussi dans des plans urbains comme le pont avec ces deux immenses réverbères en sentinelles, ou plus champêtres. La cavale en Lozère prend des allures de voyage initiatique qui rappelle Antoinette dans les Cévennes (en particulier la scène avec les animaux) et les plans de Jean-Paul Rouve, petite tache rouge dans une nature verdoyante, transmettent bien l’idée d’un homme isolé, qui a perdu tout capital social. En développant également davantage le sujet de sa vie familiale et en lui accordant une fin plus développée que celle de la BD, le film arrache son intrigue au pur absurde et lui donne une dimension sociale et touchante. On est surpris de se laisser cueillir par une émotion insoupçonnée, souvent provoquée par la très fine mise en musique de Yuksek. Julie Depardieu contribue également à rendre l’ensemble plus humain et moins théorique, alors que Ramzy Bedia invente un côté méta lié à la transformation du métier du protagoniste, d’auteur de BD à comédien.

Il y a certes des trouvailles dans ce film mal équilibré, qui d’une scène à l’autre déçoit ou séduit. Des caméos réjouissants aussi, notamment dans l’excellente parodie de la chanson caritative, composée par un Biolay très inspiré. Si le générique de fin, original, nous laisse une note positive, il n’empêche que l’ensemble reste en-dessous de ce que Laurent Tirard avait superbement réussi avec Le Discours. Sans accabler l’équipe de Desagnat, on peut pointer que la matière purement littéraire offrait moins de pièges que le format BD, sur lequel la mini-série « Moins qu’hier, plus que demain » c’était déjà copieusement cassé les dents. Tout l’un dans l’autre, on s’attendait au pire pour Zaï zaï zaï zaï, et on est quand même plutôt agréablement surpris par les efforts, même si tous ne seront pas récompensés du rire.

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