« Compagnons » : la main tendue

Naëlle, occupée par un chantier d’insertion, se trouve ciblée par des dealers après avoir voulu aider la mère d’un ami. Une médiatrice du chantier lui fait découvrir les compagnons du devoir et lui propose d’y passer un CAP vitrail…

C’est sur une idée de Johanne Bernard, soumise par ses producteurs, que le cinéaste François Favrat, dont on n’avait plus vu d’œuvre au cinéma depuis 2014, a accepté de se plonger dans l’univers des Compagnons du devoir. Une formation manuelle qui évoque l’idée d’excellence et de tour de France depuis des siècles, et pour laquelle après des repérages dans plusieurs villes de l’Ouest, il a posé ses valises à Nantes, dans une magnifique Maison des Compagnons qui offre un cadre idéal pour faire vivre de l’intérieur les cérémonies propres à cette institution.

On sent un intérêt sincère pour les Compagnons et une appréciation de leur folklore, avec des scènes collectives fortes autour des chants marquant les étapes rituelles comme l’arrivée d’un(e) nouveau/elle apprenti(e), le départ d’un Compagnon pour une autre ville, l’anniversaire de l’arrivée d’un Compagnon. Très didactique dans son écriture, le long-métrage est toujours respectueux de l’univers qu’il fait découvrir. Et au milieu des réels professionnels du verre, du métal ou de la pierre, Agnès Jaoui et Pio Marmaï trouvent leur place avec naturel. Chacun(e) a droit à une partition un peu différente de ce qu’on leur réserve à l’ordinaire : elle, moins dans l’assurance, plus dans le doute et la tension entre engagement professionnelle et vie familiale, qui cherche à accompagner autrui alors qu’elle est elle-même sur la brèche ; lui, mettant au placard sa faconde et sa nervosité habituelle pour se muer en un taiseux pétri de peur du changement et de méfiance envers cette apprentie qui cumule deux différences majeures avec ses habitudes : c’est une fille, et elle vient de cité.

On sait bien que la rencontre de deux univers qu’a priori tout oppose est un moteur classiquement efficace des films présentant des métiers (on a pu voir Haute couture fin 2021). D’un côté, le savoir-faire et les préjugés, de l’autre, la violence sociale et le manque de confiance en soi. Mais à force de bons sentiments, une vraie rencontre est possible. Ce n’est pas que Najaa ne soit pas absolument crédible et que son personnage n’évite pas l’écueil d’une gamine qui aurait traîné dans des trafics, puisqu’elle cherche justement à dissuader son entourage d’y adhérer. Mais cette confrontation de deux mondes, où les gentils adultes bienveillants malgré leurs idées reçues vont sortir un jeune talent de son carcan social et lui offrir une chance, ça sent le réchauffé. Il y a dans ce topos quelque chose qui finit par déranger en tant que spectateur/trice. Quelque chose d’un peu trop lisse et joli pour sonner vrai, avec des péripéties attendues, coups de canif dans un contrat dont on est certain(e) que la fin trouvera moyen de le réparer.

Si l’univers est captivant et peu montré au cinéma, et les interprétations à la hauteur, c’est l’écriture qui pèche et nous propose une porte d’entrée devenue une facilité scénaristique. On aurait eu envie d’autre chose, d’un peu plus d’ampleur à la caméra également, par exemple lors de la restauration de vitraux dans une église, vite expédiée, ou dans des gros plans sur les détails des chefs-d’œuvre qui ne viennent pas. Paradoxalement, pour donner plus de cinéma, il aurait fallu moins chercher à fictionnaliser à tout prix. Il n’empêche que le travail du verre et la présentation des valeurs du compagnonnage pourront susciter quelques vocations.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :