« Ils sont vivants », from Calais with love

Veuve d’un policier alcoolique et violent, conditionnée à la peur de l’étranger, Béatrice découvre l’intérieur de la jungle de Calais et décide d’y devenir bénévole. Elle rencontre Mokhtar, un Iranien à la bouche cousue…

Pour son premier long seul à la réalisation, Jérémie Elkaïm s’est lancé dans un projet porté par Marina Foïs, l’adaptation libre de l’histoire de Béatrice Huret, qu’elle a raconté dans le récit Calais mon amour. Cette ancienne sympathisante FN a tourné sa veste en tombant amoureuse d’un migrant de la jungle de Calais.

À l’écran, la brune aide-soignante est devenue la blonde Marina Foïs, qui paraît moins comme une militante d’extrême-droite, les positions politiques n’étant jamais abordées en tant que telles, que comme une femme qui fût soumise à l’opinion de son entourage et en particulier celle de son défunt mari, caractérisé par sa haute taille, sa violence et son alcoolisme. Une figure d’ogre qui n’apparaît que sous la forme de son cercueil, comme une ombre que sa veuve ne pleure pas, et envers laquelle le comportement de Béatrice peut sembler une vengeance post mortem.

C’est la rencontre accidentelle avec un migrant perdu sur le parking de l’hôpital où elle travaille et qu’elle manque d’écraser qui conduit Béatrice à s’aventurer dans la jungle, où elle semble prendre conscience d’une réalité qu’elle ne percevait jusqu’alors que par des poncifs véhiculés par ses proches. Derrière « les Noirs et les Arabes » tels qu’elle les caractérise maladroitement, se révèlent des personnes au destin complexe, à l’instar des Iraniens à la bouche cousue. Mais aussi des bénévoles qui prennent de leur temps pour les aider (on repère notamment Lucie Borleteau et Laetitia Dosch).

S’il n’est pas manichéen dans le portrait des migrants et des bénévoles, le film l’est un peu plus dans l’évolution de Béatrice, qui tourne rapidement sa veste au point de confronter ses ami(e)s. Mais la prestation de Marina Foïs transcende les maladresses d’écriture pour donner du réalisme et de l’authenticité à cette femme que la vie n’a pas épargnée et qui, en aidant les autres autrement que dans sa profession d’aide-soignante, déjà fondée sur l’empathie et le soin, trouve son propre épanouissement. L’altruisme et l’égoïsme sont interrogés par la relation qui se noue entre elle et Mokhtar, ce réfugié qui rêve, comme tant d’autres, de l’Angleterre. Si la réalisation n’est pas toujours remarquable et signifiante, le rapprochement entre les deux est réussi, et on peut souligner la scène d’amour engageante sans être voyeuriste.

Petit à petit, le film se tend pour nous faire subir l’inquiétude de Béatrice pour celui qu’elle aime et qui veut à tout prix accomplir son périple. L’attachant Seear Kohi réussit à nous prendre d’intérêt pour le destin de son personnage, et si le film ne restera pas forcément en mémoire d’un point de vue cinématographique, l’histoire qu’il raconte a de quoi marquer les esprits.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :