« The Souvenir » : Julie en deux parties

Étudiante en école de cinéma, Julie a un projet de film sur un enfant très attaché à sa mère dans un milieu précaire. Elle rencontre Anthony, une sorte de dandy beau parleur, et s’investit tout entière dans leur relation…

Movie Challenge 2022 : un film qui m’a fait découvrir une réalisatrice

C’est un peu l’événement de ce début 2022 au cinéma : la découverte pour les spectateurs/trices français(es) d’une cinéaste, Joanna Hogg, qui n’en est en fait pas à son coup d’essai puisqu’elle a à son actif déjà un court et trois longs-métrages, inédits dans les salles de l’hexagone avant fin 2021.

Et la Britannique frappe fort pour sa révélation chez nous, puisqu’elle nous arrive avec un diptyque, fait assez rare dans le cinéma d’auteur européen. Le projet est ambitieux : la première partie nous présente le quotidien d’une jeune étudiante en cinéma sur le point de réaliser son film de fin d’études, dont les projets vont être entièrement bouleversés par une rencontre ; la deuxième partie qui s’inscrit directement à la suite d’un point de vue temporel est nettement plus méta et traite du tournage du fameux film de fin d’études de Julie et des effets de celui-ci sur sa vie personnelle.

Cette division en deux œuvres de l’histoire d’un même personnage fait partie des bonnes idées de Joanna Hogg. La suivante est d’avoir choisi pour incarner son héroïne une jeune femme qui ne se destinait pas au métier d’actrice et dont le visage nous était inconnu : Honor Swinton Byrne, qui crève l’écran et dont le lien de parenté réel avec Tilda Swinton renforce leur relation mère-fille à l’écran.

Cette Julie que l’on suit nous en rappelle nécessairement une autre, celle de Joachim Trier qui a fait couler beaucoup d’encre en 2021. Et toutes deux souffrent d’un mal commun : se retrouver assujetties à des types qui les vampirisent et leur font totalement perdre la notion de leur propre valeur.

La première partie est ainsi assez difficile à regarder, tant la relation entre Julie et Anthony paraît problématique de bout en bout, sans être pourtant jamais très clairement définie comme telle par aucun personnage à l’écran. Tom Burke incarne pourtant un type qui constitue un fronton entier de red flags à lui tout seul, arrogant, beau parleur, sans gêne, qui s’impose chez la jeune femme, lui assène de prétendues vérités définitives qui n’ont d’autre effet que de la fragiliser, puise dans ses finances sous toutes les façons possibles y compris le vol, ment effrontément, lui impose sa tenue pour leurs ébats, et son avis sur à peu près tout. Sans compter qu’il est en réalité totalement accro à la drogue et fait vivre à sa compagne l’enfer de ses crises de manque violentes. Et pourtant, c’est elle qui dans une scène révoltante vient s’excuser auprès de lui. Montrer une relation toxique, pourquoi pas, mais jusqu’au bout les deux films tendent à présenter Anthony comme une forme de victime, de la drogue, de sa propre faiblesse, et jamais comme un personnage malveillant auquel la jeune femme a tout donné sans rien obtenir en retour.

Dans le deuxième volet, on découvre même qu’elle a changé ses projets créatifs pour lui constituer un « mausolée » filmique, dont les scènes romantiques tendent à exalter la beauté subjective de leur couple et amoindrir la laideur de la réalité. Cette seconde partie est tout de même plus intéressante en ce qu’elle raconte du processus créatif, tant dans l’entraide entre les étudiant(e)s, filmé(e)s le plus souvent comme un groupe d’un bout à l’autre de la journée de travail, que dans les disparités des créations (mention spéciale pour la comédie musicale en noir et blanc de l’insupportable Patrick). On apprécie également de voir davantage les parents de Julie, personnages sensibles et attachants, et en particulier l’épanouissement de sa mère (épatante Tilda Swinton) dans la pratique de la céramique.

On repère dans ce deuxième film beaucoup de belles choses, mais qui font souvent écho à des trouvailles déjà vues ailleurs : le « film mental » de Julie retraçant une relation fantasmée comme dans La La Land, la mise en abyme du film dans le film façon Bergman Island, la vue extérieure du décor façon La Voix Humaine d’Almodóvar, ou encore une photographie en extérieur qui rappelle celle de Spencer, en particulier la scène de course libératrice dans les champs.

On ne peut pas nier la prise de risque que constitue ce diptyque, ni la maîtrise formelle des deux volets, mais sur le fond, on oscille entre l’ennui et le malaise, et l’œuvre n’offre que quelques miettes d’émotion.

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