1 mois, 1 plume, 1 œuvre : Bliss (Whip it) (janvier 2010), par ChristoBee

1 mois, 1 plume, 1 œuvre : le dernier dimanche de chaque mois, un(e) invité(e) vient évoquer une œuvre (livre ou film) sortie ce mois-là… d’une année de son choix.

La plume

Présence discrète mais avisée du Twitter cinéma, le Nantais ChristoBee n’est jamais à court de recommandations dans les domaines de la BD, des séries ou de la musique, toujours parfaitement adaptées à son auditoire. Pour inaugurer la deuxième année de cette rubrique, il a choisi un film qui lui permet d’évoquer sa grande passion sportive : le roller derby…

L’œuvre

Premier (et unique à ce jour) long- métrage de Drew Barrymore, Whip It (ou Bliss dans nos contrées rabelaisiennes), adapté du roman Derby Girl de Shauna Cross, nous conte l’histoire de Bliss Cavendar (Elliot Page), jeune adolescente texane un peu mal dans sa peau. 

Elle est trimballée de concours de beauté en concours de beauté par sa mère ancienne reine de beauté (la toujours excellente Marcia Gay Harden) et travaille dans un diner avec sa meilleure amie Pash (Alia Shawkat) en même temps qu’elle étudie au lycée. Un jour, elle découvre l’existence d’une ligue de roller derby à Austin, et, en cachette de ses parents, décide de rejoindre l’équipe des Hurl Scouts, malheureusement l’équipe la plus nulle de la ligue texane.

Évidemment, le film se retrouve à la croisée de deux genres cinématographiques hautement compatibles : le film de sport ou l’underdog va se révéler une compétitrice coriace et le film d’adolescence (ou coming of age movie, pour nos amis anglo-saxons), et tous leur tropes associés.

En tant qu’objet cinématographique, Whip it n’est donc ni une révolution ni même une œuvre avec une proposition particulièrement singulière ou fantasque. Drew Barrymore s’en sort néanmoins plutôt bien, grâce à un cast au diapason, une bande son indie de qualité et quelques références à des artistes cultes d’Austin, comme le regretté Daniel Johnson dont les fameux visuels “Hi, how are you ?” font quelques apparitions remarquées.

Mais pourquoi alors nous parler de ce film finalement pas si inoubliable depuis déjà plusieurs paragraphes me direz-vous ? Et bien, parce que ce film fut l’un des catalyseurs de l’importation du roller derby en France, sa sortie en Janvier 2010 coïncidant avec l’apparition des tous premiers clubs de l’hexagone cette même année et que j’avais envie de pouvoir réévaluer le film à l’aune du temps passé et fort de plusieurs années de pratique personnelle de la discipline.

Alors autant le dire tout de suite, le roller derby que vous verrez dans Whip It n’est pas tout à fait le même que vous pourriez voir dans un gymnase français, notamment parce que le film fait le choix de la variante la moins pratiquée, celle du roller derby sur piste inclinée (banked track), par opposition au roller derby sur piste plate (flat track) largement majoritaire de nos jour. Mais à quelques détails relevant probablement plus de la licence artistique que d’une méconnaissance de la discipline, j’ai finalement été agréablement surpris d’y retrouver plus d’éléments familiers de la discipline et de son apprentissage que dans mes souvenirs.

 

Mais plus qu’une fidélité au sport en lui-même, il est important de pouvoir visionner le film à l’aune des valeurs véhiculées par le roller derby moderne : l’empouvoirement féminin et des minorités de genre, l’inclusion et l’adelphité. 

Le film n’est pas exempt de tout reproche, mais s’en sort plutôt bien sur la représentation féminine, le male gaze semble absent de tout le film à l’exception de quelques plans fugaces et les arcs narratifs de Bliss et de sa meilleure amie Pash vont dans le sens de la poursuite de leurs ambitions respectives. Cependant, étant le produit d’Hollywood et roller derby du début des années 2010, le film dépeint une population majoritairement blanche, hétéronormée et cisgenre.

Si le roller derby des années 2020 a encore beaucoup de progrès à faire (tout comme le reste de nos sociétés), il est à noter que c’est l’un des rares sports où officiellement chaque pratiquant.e peut auto-déterminer dans quelle “catégorie” iel souhaite s’engager, que ce soit dans une section “féminine”, “masculine” ou entièrement mixte. Et bien sûr, impossible d’oublier le parcours personnel d’Elliot Page, véritable icône moderne d’une génération qui espère toujours pouvoir exister pleinement, sans contraintes et préjugés extérieurs.

Le film est donc à la fois une capsule temporelle fabuleuse nous permettant de nous replonger dans une époque sans smartphone, sans pandémie, et avec un optimisme débordant ; mais également un jalon nous permettant d’évaluer le chemin parcouru et celui qui nous reste encore à faire, voire à défricher. 

Et si le (re)visionnage de Bliss vous donne envie de chausser des patins à roulettes, n’hésitez plus, les communautés du roller derby et plus généralement des disciplines en roller quad vous tendent les bras !

ChristoBee

Publicité

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :