« Memory Box » : tout sur ma mère

Le soir de Noël, Alex et sa grand-mère reçoivent un étrange colis adressé à la mère d’Alex, Maia. Le paquet contient des carnets que sa mère écrivait adolescente en pleine guerre du Liban, avant de partir vivre au Canada…

Movie Challenge 2022 : un film avec un split screen

Le duo libanais Joana Hadjithomas-Khalil Joreige aurait pu, après son dernier film Lebanese Rocket Society, poursuivre dans la voie du documentaire. En effet, Memory Box s’appuie très largement sur des documents d’archives appartenant en réalité à Joana Hadjithomas (les carnets que l’on voit dans la boîte) et à Khalil Joreige (une partie des photographies présentées à l’écran). La réalisatrice a elle-même entretenu une correspondance faite de cahiers avec une amie partie à l’étranger durant la guerre, et l’histoire de Maia est donc inspirée de la sienne. Pour autant le tandem a choisi de partir de cette matière première pour la fictionnaliser largement.

C’est à travers trois générations de femmes, la grand-mère (Clémence Sabbagh), la mère (Rim Turki) et la fille (Paloma Vauthier) que se retrace, à coup de boutoir dans le sceau du secret, l’histoire d’une famille prise dans la tourmente de la guerre du Liban. Un traumatisme soigneusement tu par les aînées, désireuses de protéger la plus jeune de son passé, mais aussi de préserver la mémoire des disparus. Mais comme souvent, le secret engendre des crises, l’adolescente éprouvant le besoin de connaître ses racines et de comprendre ce que sa mère a pu traverser au même âge qu’elle.

La « memory box » apparaît comme une sorte de deus ex machina pour permettre un rapprochement mère-fille par la voie détournée des cahiers, cassettes et photographies qui offrent à Alex l’opportunité rare de plonger dans l’adolescence de sa mère. Sous nos yeux, l’écriture arrondie de la jeune fille, adressée à sa meilleure amie Liza, s’accompagne de multiples illustrations dans ce qui ressemble à un bullet journal ou à du scrapbooking. Très artiste, la jeune Maia s’est prise de passion pour la photo mais en a réalisé des montages, des collages, des effets pop-up, ce qui confère au matériau par lequel nous découvrons son histoire un côté artisanal et ludique. La très bonne idée des réalisateur/trice, c’est d’avoir prolongé l’expérience par les techniques visuelles à l’écran. Le montage est très inventif et créatif, passant de la réalité contemporaine au passé par le biais de la lecture des cahiers, avec des transitions originales sans cesse renouvelées. Tous les sens sont mis au diapason, par exemple lorsque le morceau « Fade to Grey » accompagne le passage des personnages en couleur d’une photo à leur mouvement hors cadre dont la couleur s’estompe. Découpés, collés, saccadés, en split screen, Maia jeune (Manal Issa), ses ami(e)s et son amoureux Raja deviennent réel(le)s et vivant(e)s sous nos yeux, incarnant un passé qui ne passe pas. La créativité de ces séquences rappelle celle d’un Kirill Serebrennikov dans Leto et enchante la pupille. Quand bien même l’histoire narrée contient des drames, la forme se veut pleine d’énergie, conforme à l’âge décrit, celui de tous les possibles, du désir et de la rébellion.

Dans un pays marqué par les drames (plus proche de nous, l’explosion du port de Beyrouth et la crise économique), les cinéastes instillent une pulsion de vie, l’envie de retrouvailles avec une énergie solaire et positive. Entre found footage à la Play et chronique familiale du retour aux racines, Memory Box tire son épingle avec une étonnante originalité formelle.

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