Entretien avec Sandrine Kiberlain autour du film Une jeune fille qui va bien

Pour son premier long-métrage en tant que réalisatrice, Une jeune fille qui va bien, Sandrine Kiberlain a pris le temps d’écrire seule une histoire originale pour une période qui a priori l’est moins au cinéma. On a eu la chance de prendre un thé avec elle pour en parler…

  • Est-ce le désir de réaliser qui vous a conduite à inventer cette histoire, ou le surgissement de l’histoire qui vous a poussée à la réalisation ?

« Un film sur la pulsion de vie »

S.K. : « C’est venu un peu en même temps. J’avais envie de réaliser, mais j’attendais d’avoir un vrai point de vue, ou un thème qui me hantait sur cette période de l’Histoire. Je n’aurais jamais traité cette période des années 40, autour d’une fille juive et de sa famille française, si je n’avais pas eu l’impression d’avoir un regard nouveau là-dessus. Quand j’ai pensé à la fin du film que je voulais faire, et au parti-pris d’un journal intime au présent, qui nous permette de craindre pour elle, d’espérer pour elle, je me suis dit que j’allais pouvoir faire un film sur la pulsion de vie, la jeunesse et tout ce qui ne devrait jamais cesser d’être en mouvement. Je trouvais ça plus poignant de partir de la vie pour raconter « la catastrophe », comme disait Hélène Berr (« il fait toujours beau les jours de catastrophe »). Moi je parle du beau, de l’avant catastrophe. C’est ce qui m’a donné le feu vert pour oser le faire. »

  • Comment est venu le titre du film ?

S.K. : « Il fallait un titre qui évoque le parti-pris du film. C’est une fille qui va bien, elle devrait aller bien, rien ne devrait l’arrêter… si ce n’est l’inhumanité de cette époque. Le titre est représentatif de la forme que j’ai voulu donner au traitement de cette époque. C’est un titre simple, qui évoque le bien-être, la joie, l’âge aussi de cette fille, qui a 19-20 ans. Ça aurait pu s’appeler aussi « Il fait toujours beau les jours de catastrophe », mais on aurait trop annoncé la catastrophe. Je ne voulais pas que l’héroïne ou sa famille puissent anticiper sur une telle horreur qu’on ne pouvait pas anticiper. Nous, on sait, et on craint pour elle. »

  •  « Irène » signifie « la paix », était-ce une façon de lui donner un pouvoir de conjuration ?

S.K. : « Non, mais il y a toujours des façons de s’amuser avec les significations quand on écrit. Dans le film, je suis très attachée aux mots, il y a même un mot qu’on définit, la peur. Irène ce n’est pas un hasard, dans « Irène » il y a « reine », puis « la paix », et une écrivaine à laquelle on peut penser. Pour moi c’est un prénom d’héroïne. »

  •  Était-ce évident pour l’incarner de choisir une actrice venue du théâtre, qui est un des thèmes principaux ?

S.K. : « Je pense qu’on peut tout jouer. Dans le film, c’est Ben Attal, qui n’est pas du tout passé par le théâtre, qui a le plus gros monologue théâtral, de Ruy Blas. Donc non, je n’étais pas du tout obligée de prendre des acteurs de théâtre pour jouer des passionnés de théâtre, mais j’étais obligée d’avoir de bons acteurs, et des acteurs que j’aime, pour les magnifier, pour leur donner confiance. Rebecca, ce n’est pas parce qu’elle était au Français, c’est parce que je l’ai aimée, j’aime son talent, ce qu’elle est. Ce qu’elle dégageait était ce qu’il fallait à mon personnage. Le hasard a fait qu’il y a plusieurs acteurs de la Comédie-Française dans le film, mais c’est vraiment un hasard. J’ai vu une trentaine de filles de tous horizons et j’ai choisi celle qui était une évidence. Et il y a aussi une actrice qui n’est pas actrice. La grand-mère, Françoise Widhoff, est la monteuse de très grands films, mais elle était ce dont j’avais besoin, de singularité, de liberté de femme de cet âge-là, une grand-mère qui n’a pas d’âge, qui est la complice d’Irène et qui a le même âge qu’elle dans sa tête. »

  • Avez-vous construit la famille autour de Rebecca après l’avoir choisie ?

S.K. : « J’ai écrit la famille autour d’Irène, parce qu’on est défini aussi par les gens qui nous entourent. Mais pour le choix des acteurs, c’est très variable. Il y en a pour qui j’ai écrit : le père, c’était André Marcon dans ma tête, qui m’a dit oui tout de suite – ce qui est très encourageant quand vous écrivez. J’avais aussi repéré Anthony Bajon pour jouer le frère, et j’écrivais aussi pour India (la meilleure amie) et Florence Viala (la voisine). À l’inverse, il fallait que je trouve Irène, sa grand-mère, et tous les jeunes. J’ai adoré les trouver. »

UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN PHOTO 3 ©Jérôme Prébois.
©Jérôme Prébois
  •  Vous avez choisi des gens qu’on n’a pas forcément énormément vus récemment. C’était une volonté ?

S.K. : « Pour qu’on y croie, c’était comme rentrer dans une famille qu’on ne connaît pas, donc ça aurait été bizarre, et aurait déséquilibré la famille je crois. Il y a plein d’acteurs que j’aime et qui sont très connus du grand public qui auraient pu jouer le père par exemple. Mais j’ai choisi ceux que je sentais le plus pour mon histoire. André Marcon c’est un grand acteur, que les gens connaissent, mais le fait qu’il n’ait pas cette image, cette notoriété liée au cinéma, rendait la famille plus accessible. C’est plus facile de s’identifier. »

« J’aime les choses qu’on n’explique pas dans les films »

  •  Le fait qu’il n’y ait pas de personnage de mère, était-ce lié à une volonté de ne pas vouloir l’incarner, prendre cette place ?

S.K. : « Oui je pense qu’il y a de ça, inconsciemment. Il y a aussi l’idée de vouloir être en empathie avec les personnages et qu’Irène ait une responsabilité peu commune à son âge. On voit qu’elle ferme le gaz, qu’elle ferme les volets… De même que le père, quand il prend des initiatives, est responsable pour deux. On sent qu’il est un peu perdu face à ça et qu’il fait au mieux. Même la grand-mère, on se dit qu’elle a vécu une douleur… Et j’aime bien les choses qu’on n’explique pas dans les films. Comme quand on fait connaissance avec quelqu’un dans la vie, on ne va pas lui demander au bout de deux jours « mais tu as une sœur ? ah non tu ne l’as plus ? mais pourquoi, elle est… ? ». J’aime que les gens rentrent dans le film sans tout savoir, qu’ils le prennent en cours de route, et qu’au fur et à mesure ils comprennent. »

  • Aviez-vous des références pour vos personnages, des modèles qui vous auraient inspirés, des œuvres que vous avez demandé aux comédien(ne)s de regarder ?

S.K. : « Oui, il y a plein de références. J’ai demandé à Rebecca de revoir Au revoir les enfants de Louis Malle que j’ai adoré, mais aussi des films qui n’ont rien à voir avec cette époque : La Chambre du fils de Nanni Moretti pour la joie de la famille qui nous laisse encore plus meurtris quand ils ont de la peine. Il y avait des références de lumière, des films que je montrais à mon chef-opérateur comme L’Argent de poche, des films de la Nouvelle Vague pour les couleurs primaires qui devaient être celles de Rebecca dans le film, les couleurs de la joie, fortes, comme un vrai rouge, qui font d’elle un petit rossignol. Van Gogh pour le côté non-reconstitution historique : Pialat, il prend Dutronc pour jouer Van Gogh, il lui coupe les cheveux comme il veut, mais on y croit. »

  •  Comment avez-vous dosé entre reconstitution et émotions universelles ?

S.K. : « Il fallait qu’on puisse se projeter parce que ça peut arriver à nouveau, et ça continue d’arriver d’ailleurs. Je me suis beaucoup attachée à ne pas tricher avec l’époque, à rester respectueuse des dates. Les informations sont données dans l’ordre chronologique, l’arrivée des choses se passe comme ça s’est passé. On a tourné le film l’été, quasiment aux dates historiques. En même temps, je les fais se parler comme aujourd’hui. Je ne vois pas pourquoi on aseptise toujours le langage dans les films d’époque. Moi je voulais qu’ils se parlent comme on se parle aujourd’hui, qu’ils s’aiment comme on s’aime aujourd’hui. On ne s’aimait pas forcément différemment dans les années 40. Les thèmes étaient les mêmes, sauf quand une horreur venait perturber la vie de chacun. On avait envie de tomber amoureux comme aujourd’hui, on se faisait des confidences en famille, et la caméra permet d’aller voir derrière la porte ce qui se passe dans l’intime. »

UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN PHOTO 2 ©Jérôme Prébois.
©Jérôme Prébois
  •  Comment avez-vous pensé la mise en scène pour suivre le côté toujours en mouvement d’Irène, presque « farfadet » dans ses déplacements ?

S.K. : « Tout de suite le mode ordre a été « tout le temps en mouvement avec Irène ». Soit à l’épaule quand c’est plus saccadé sur des moments de théâtre ou de vie où elle se cherche un peu, ou alors ne jamais filmer de la même manière les descentes d’escalier, ne jamais dire de la même manière – mais le dire toujours – le « à ce soir », il y avait des rituels avec la veste qui étaient écrits et que je filme dans une énergie différente à mesure que l’histoire avance, mais en tout cas avec elle. Elle va vite, elle nous fait faire connaissance très vite avec les autres protagonistes, elle est en perpétuel mouvement. Et quand ça s’assombrit, elle a une conscience de ce qui se passe, ce n’est pas du tout une fille qui traverse cette période sans rien savoir, c’est juste qu’elle veut voir ce qu’elle veut voir. Plus finalement elle est informée de ce qui se passe et plus elle le pressent, plus elle veut vivre. En même temps, elle s’évanouit, parce que son corps la trahit. Je trouve que le corps parle à notre place parfois, et je tenais à ce qu’on voie quand même qu’elle était évidemment conscience de ce monstre tapi dans l’ombre qui vient polluer doucement l’atmosphère joyeuse et aimante du début. »

  •  Il y a une forme de déni qui est comme un « déni choisi »…

S.K. : « Exactement, c’est un « déni choisi » donc ce n’est pas un déni pour moi, c’est une volonté de vivre et de ne pas leur donner un dixième, un soupçon de son âge, de sa vie, et du chemin qu’elle a à faire. Quand elle voit que le mot juif doit être inscrit sur les papiers d’identité, ce qui est une des trois ou quatre informations qu’on a dans le film, elle ne veut pas le voir net, elle ne veut pas regarder ça. Elle ne veut pas lui donner le poids qu’elle sait que ça a. Elle veut vivre. »

  •  Ce qu’elle veut vivre, entre autres, c’est sa volonté de devenir actrice. Comment on filme le théâtre comme un processus de recherche ?

« C’est un hommage aux débutants et au travail minutieux »

S.K. : « Parce que justement c’est de l’artisanat le théâtre ! En plus je filme les débuts. C’est quelque chose que j’ai de toujours très présent en moi, parce qu’on recommence toujours à zéro, comme une débutante à chaque fois. Là au stade ultime puisque je réalise un premier film, mais même comme actrice, c’est toujours un renouveau. Encore plus quand on débute, donc j’ai voulu rendre hommage à ces débuts. À ces acteurs qui rêvent d’un gros plan, donc je les ai mis en gros plan tout de suite. Puis à ce cours comme lieu de recherche, artisanal, où tout est permis, où on a le droit à l’erreur. C’est un hommage aux débutants et au travail minutieux que c’est, d’être acteur. Dans le film, je montre un professeur qui dit « plus sobre », « plus comme ça le visage ». On cherche la vérité. Il dit aussi « jouez comme si c’était la dernière fois ». Ça résonne avec ce qu’on sait de l’Histoire, donc on le vit autrement que ce qu’Irène entend. Mais en fait elle l’entend. »

  •   Comment était cette expérience pour les jeunes acteurs/trices, en particulier qui ne viennent pas du théâtre, de jouer à la fois des scènes de théâtre et pour la caméra ?

S.K. : « La plupart connaissaient le théâtre, à part Ben Attal. Je leur ai dit d’oublier la caméra. Quand on fait du cinéma, il faut oublier la caméra, il faut s’abandonner comme sur scène mais c’est une autre promiscuité, parce que la caméra devient notre première complice, celle qui vient chercher, qui va être la loupe de nos sentiments. Donc il faut parfois gommer des choses, les diriger… Mais la principale chose c’est de les aimer. Et de leur dire « il y a une caméra, mais c’est moi qui vous écoute, c’est moi qui vous regarde. La caméra est votre alliée. » Comme moi à mes débuts, il fallait faire connaissance et comprendre ce que c’est de s’abandonner. On dit toujours aux figurants « ne regardez jamais la caméra », et c’est le principe même du jeu, oublier la caméra pour être dans la situation. Même en gros plan, c’est le professeur qui regarde, pour moi. D’ailleurs je les ai fait passer devant les autres, pour qu’ils aient plus l’impression de jouer pour les autres, comme dans un cours, que pour la caméra. Tout ça c’est une réflexion pour ne pas les intimider. Et je leur ai donné un prénom à tous, pour qu’ils ne soient pas le garçon numéro un, la fille numéro trois… J’ai trop connu ça pour savoir que ce n’est pas le bon truc. »

  •  Est-ce que le fait d’avoir toute une carrière d’actrice derrière soi aide à être dans l’empathie avec les acteurs/trices ?

S.K. : « Oui, moi j’ai été magnifiée, j’ai été moins à l’aise, j’ai été portée par les réalisateurs, et j’ai appris ce que c’était de regarder un acteur, de l’aimer, d’en tirer le meilleur. Le fait d’être actrice me donne peut-être plus de patience, plus d’empathie. J’aime tellement les acteurs, et je sais tellement ce que c’est la fragilité d’un acteur, comment on peut le casser en une seconde. Ça ne m’est arrivé qu’une fois, mais ça m’est arrivé. Je sais surtout comment on donne le meilleur de soi, et que c’est différent pour chaque acteur. Donc ma façon de parler aux uns et aux autres n’était pas la même. Avec Rebecca, on se parlait très peu, c’était instinctif. C’était une reconnaissance quand je l’ai rencontrée. On avait parlé en amont donc on avait très peu besoin de se parler sur le tournage, on était reliées par un fil invisible. Avec chacun j’ai tissé un lien différent. »

UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN PHOTO 1 ©Jérôme Prébois.
©Jérôme Prébois
  •  Quelle est l’ambiance sur un tournage quand on sait qu’on doit garder une tonalité relativement légère alors qu’on raconte quelque chose de terrible ?

S.K. : « Il ne faut pas quitter le fil du film. C’est Alain Chabat qui m’a aidée là-dessus. Je lui avais demandé « comment tu as fait pour réaliser Astérix, avec des milliers de figurants, sur des mois de tournage ? ». Et il m’a répondu « je ne pensais jamais à ça, je ne pensais jamais à long terme. Je pensais à chaque scène. » Il ne sait pas qu’il m’a aidée à ce point ! Moi je n’ai pas fait Astérix, loin de là, mais comme je débutais je repensais beaucoup à ce qu’il me disait. J’abordais chaque journée comme un film à faire en entier. Chaque séquence était un enjeu. Donc je restais dans la légèreté de la séquence quand elle devait être légère, dans la tension d’une autre quand je décris la tension. C’est au montage que tout ça doit se lier et que ça devient très compliqué parce qu’on ne peut pas mettre bout à bout léger/tension/léger/tension, donc il faut réussir à mettre de la tension dans la légèreté, retrouver le sens du scénario. On avance avec une fille et sa légèreté, avec des points de rendez-vous où la tension monte. Au tournage, j’étais au jour le jour au présent avec elle, avec la tension qui monte. »

  •  Vous avez tourné dans l’ordre ?

S.K. : « Non pas du tout, donc il faut avoir toute l’histoire dans la tête, avoir beaucoup bossé en amont avec tous les chefs de poste. Tout est dingue, parce que vous avez écrit un appartement avec une circulation, puis vous le décrivez à une repéreuse de décor et au chef déco, ils vous font visiter des endroits, ça ne marche pas, puis vous arrivez dans le décor que vous aviez imaginé, qui n’est pas celui-là mais où la circulation se fait. Et d’un seul coup c’est l’appartement et on s’y adapte. C’est comme ça que le film avance. Aux costumes aussi, quand je voyais un petit gilet arriver, je voyais le personnage avancer, on choisissait les couleurs, les tissus… avec finalement peu de moyens, de décors et d’éléments de reconstitution d’époque. Mais toutes les informations que je donnais à chacun m’aidaient à faire le film, à construire. »

  •  Ce qui marque, c’est que vous laissez la violence hors-champ (comme on a pu le voir récemment aussi dans First Cow). Et c’est presque plus fort parce qu’on ne voit pas.

S.K. : « Surtout quand on sait. Pas la peine de raconter l’Histoire à nouveau, de répéter ce qu’on sait déjà. Ça a été très bien fait, mais moi mon parti-pris était de ne pas montrer la guerre et ce qui est dans notre inconscient collectif pour, puisqu’on le sait, imaginer le pire quand c’est suggéré. Notamment la fin, tout est dans le regard d’India. C’est décaler les choses pour comprendre autrement que ce qu’on a déjà montré et déjà vu de cette période et de cette horreur. »

  • Un dossier pédagogique a été créé pour le film et des séances sont organisées pour les scolaires, qu’aimeriez-vous que les jeunes ressentent ou retirent de cette expérience ?

« Les jeunes sont ramenés à l’Histoire mais aussi ramenés à notre époque »

S.K. : « Ça m’a déjà touchée lors de la petite tournée que je fais en province pour présenter le film. Il y a des jeunes qui viennent instinctivement me dire « c’est tellement génial de ne pas avoir besoin d’un thème social pour parler de la jeunesse ». Ils s’identifient à la pulsion de vie de cette héroïne, de cet âge-là. Ils sont ramenés à l’Histoire, mais aussi ramenés à notre époque. Ils se sentent compris, parce qu’aujourd’hui, toutes proportions gardées et en évitant l’obscénité de comparer l’incomparable, il y a un monde qui est en train de basculer, on est un peu dans l’avant aussi. En tout cas on a été bousculés par une pandémie inattendue qui a sapé le moral de la jeunesse, du coup quand ils voient le film – je ne savais pas que ça allait résonner à ce point-là puisque la vie c’est des faits nouveaux, et le film raconte ça aussi – mais ils me disent que ça les aide. Ça les ramène aussi à la mémoire, à l’envie de continuer à raconter et d’être vigilants, par rapport à ce qui continue de faire débat aujourd’hui. Alors que la seule question qu’on devrait se poser c’est « pourquoi ça a existé ? » et pas « pourquoi ça existe encore ? » ; ça ne devrait plus exister. Les jeunes, ils sont dans la vie, ils me disent que le film est une ode à la vie. »

  •  C’est aussi un film où on voit qu’en temps de crise, l’art et la culture sont très importants…

S.K. : « Dans le film quand son père lui dit « on n’est pas d’humeur » pour le théâtre, Irène dit qu’on va changer d’humeur, et elle met du théâtre partout. Le théâtre c’est le mouvement, et les autres c’est le mouvement. C’est ça qui nous sauve, c’est ça qui nous aide à vivre, c’est ça qui fait qu’on échappe au quotidien, qu’on comprend des choses, c’est ce qui nous change, qui nous donne un regard nouveau sur quelque chose. Moi il y a des films qui m’ont changée, des chansons qui m’ont aidée, des pièces qui m’ont transformée, des livres qui m’ont bouleversée. C’est tout ça qui transforme nos vies et qui nous enrichit. C’est l’essentiel, on n’est pas dans le non-essentiel. C’était un non-sens de fermer les librairies et les salles de cinéma, où on sait qu’on est tous masqués. Après, je ne sais pas ce qu’il faut faire dans cette période, je ne dis pas que j’aurais fait mieux. Mais le film raconte que le théâtre est la vie, comme j’aurais pu dire que la littérature ou la peinture sont la vie. C’est une échappatoire, on peut transcender la vie avec l’art. »

Un grand merci à Sandrine Kiberlain pour sa simplicité et son humilité.

10 commentaires sur “Entretien avec Sandrine Kiberlain autour du film Une jeune fille qui va bien

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        1. Je n’ai pas de carte de presse, de même que la plupart des gens qui tiennent les médias web sur le cinéma, mais on commence à acquérir une petite reconnaissance de notre statut tout de même.

            1. Personne ne vit de son blog dans le milieu culturel, je crois. Autant cela offre de belles opportunités (projections, SP, couverture de festivals, rencontres…) autant ça ne rapporte pas d’argent. En tout cas je n’ai jamais été payée pour quoi que ce soit (mais ça me va, c’est la garantie de ma liberté d’expression aussi).

              1. Oui, très vrai. Si se faire payer est au détriment de la liberté d’expression, bouh aucun intérêt..autant garder un boulot amimentaire et s’éclater sur son blog perso ! Merci pour ces échanges !

  1. Très bel entretien, très complet, très fouillé, où la réalisatrice se confie. Bravo !
    Et quel bel hommage à Irène Némirovski que ce prénom.

    Je retiens « J’abordais chaque journée comme un film à faire en entier. Chaque séquence était un enjeu. ». Etre dans l’instant, c’est l’enjeu central pour créer quelque chose de nouveau.

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