« Punch-drunk love » : l’ombre chinoise du rigolo

Barry Egan voit surgir dans sa vie bien rangée un étrange instrument à clavier tombé d’un camion dans la rue devant son travail. L’une de ses sept sœurs décide de lui présenter une collègue, alors qu’il venait de souscrire un service de téléphone rose…

Cette fois, ça y est. Après Magnolia qui de projet moindre et plus intimiste est devenu une plus large fresque que Boogie Nights, Paul Thomas Anderson est déterminé à réaliser un petit film, quelque chose de plus modeste et léger. En découvrant dans la presse l’histoire d’un homme qui a acheté suffisamment de produits étiquetés d’une opération promotionnelle pour remporter 2 millions de kilomètres à parcourir en avion, le cinéaste tient l’inspiration de son protagoniste.

Ce sera donc une comédie, et même un genre de comédie romantique, mais sans forcément suivre les canons du genre. PTA ne fait rien comme tout le monde, et ses personnages et les situations dans lesquelles ils se trouvent ne collent pas tout à fait, à première vue, aux attendus de la romcom. Souvent parfaits en apparence, éventuellement dotés de défauts attachants comme la maladresse, les personnages sont rarement aussi fantasques et solitaires que Barry, ce type qui bien que frère de sept sœurs n’a personne à qui confier qu’il pleure tout seul sans raison. Pourtant, à y regarder de plus près, Barry a en commun avec les mâles habituels des romcom une tendance à la masculinité toxique. Certes, il ne harcèle pas Lena, c’est même elle qui doit l’inviter face à son indécision. Mais ses complexes s’expriment par des crises de nerfs violentes durant lesquelles il est prêt à tout casser. On ne peut pas dire que ce soit le gage d’une relation sereine au long terme. Cependant PTA évite soigneusement toute situation dans laquelle Lena pourrait être cause de la colère de Barry, histoire de gentiment balayer le sujet sous le tapis.

Pour donner de l’originalité à son film, le cinéaste a surtout misé sur cet arc narratif parallèle à la rencontre amoureuse, celui des conséquences de l’arnaque téléphonique. Barry se retrouve pourchassé par quatre frères blonds qui veulent lui extorquer de l’argent, donnant lieu à quelques scènes un peu dynamiques.

Mais la plupart du métrage flotte dans une ambiance semi-surréaliste, pas si loin d’un Gondry, entre l’harmonium tombé du camion, ce hangar dans lequel on ne comprend pas bien ce que fait Barry au juste et ses cargaisons de pudding. La bande-originale est étrange, avec des sonorités inconnues et un rythme variable qui semble donner le la de l’histoire, comme si on improvisait des péripéties en fonction de la musique. La poésie s’incarne dans le traitement graphique : au surcadrage qui emprisonne régulièrement le personnage dans des couloirs en apparence infinis, avec des portes toutes semblables s’oppose le découpage net des silhouettes du couple (mais aussi du face-à-face avec le vendeur de matelas) en ombres chinoises. À contre-jour, c’est un couple amoureux à Hawaii, et non plus Lena qui voudrait arracher les yeux de Barry pour les sucer et Barry qui éclate toutes les surfaces vitrées l’environnant. La normalité apparente n’est qu’une ombre, quand de face et en couleurs, on a bien affaire à Adam Sandler, le rigolo de service qui en fait trois tonnes ne serait-ce qu’en jouant le type essoufflé.

Après deux films extrêmement maîtrisés, Punch-drunk love surprend et déçoit par sa bizarrerie qui garde le moins bon des comédies romantiques sans forcément arriver à tirer le meilleur partie de ses originalités.

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