« Placés » : un film « avec des problèmes »

Pour un oubli de carte d’identité, Elias manque la possibilité d’entrer à Sciences Po sur concours. Parce qu’il a besoin d’un job, il devient éducateur à la Maison d’Enfants à Caractère Social…

Il y a déjà sept ans, Destin Daniel Cretton révélait au grand jour le talent de Brie Larson avec States of Grace, une immersion bouleversante dans le quotidien d’un foyer aux côtés d’une équipe d’éducateurs/trices spécialisé(e)s. Forcément, voir apparaître en France un pitch un peu similaire, qui suit un nouvel arrivant dans sa découverte de ce métier aussi exigeant que nécessaire et gratifiant moralement, crée la curiosité. Même quand le cinéaste en question, Nessim Chikhaoui, n’est connu que comme un des scénaristes des Tuche. Après tout on en a vu d’autres, qui ayant commencé leur carrière dans la gaudriole ont su verser avec finesse dans le cinéma social (et a fortiori quand il s’agit de s’appuyer sur l’expérience d’un métier qu’il a lui-même exercé).

On n’est pas ici sur un créneau dramatique, tel que le sujet des enfants placés a pu être traité dans La Tête haute ou Je suis heureux que ma mère soit vivante par exemple, mais plutôt de comédie. On retrouve au casting des habitué(e)s de chez Grand Corps Malade comme Nailia Harzoune et Moussa Mansaly, et forcément, on pense à la référence, parce que dans sa description du quotidien entre ados et adultes, on n’est pas si loin de La Vie scolaire.

Ça remue dans la maison préemptée par la mairie pour cette fonction d’accueil social. Ça crie, ça rigole, ça claque les portes et casse les fenêtres, ça court dans les escaliers et ça empêche le nouvel éduc de dormir. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, et on voit bien qu’on cherche à nous montrer qu’en dépit de leurs problèmes et de leurs difficultés scolaires, incarnées par le personnage de Sofia, ces jeunes sont futé(e)s, débrouillard(e)s, attachant(e)s et ont des chances, bien accompagné(e)s, d’accéder à une vie d’adultes épanoui(e)s. Évidemment on tape un peu sur le système, qui met des sigles partout et des moyens nulle part, et on rappelle à quel point c’est un métier prenant et difficile, entre Michelle qui arrive bourrée (Julie Depardieu) et le directeur qui passe sa vie au téléphone à essayer d’obtenir des budgets (Philippe Rebbot).

Sur le principe, extrêmement classique, suivre le béotien découvrant un univers permet d’être très pédagogique voire carrément didactique sur son sujet, avec son lot de petites expressions moralisantes – « ce ne sont pas des jeunes à problèmes mais avec des problèmes » – et d’explications qui permettent aux spectateurs/trices de suivre – le contrat jeune majeur, les OPP.

On ne peut pas dire que ce soit mal interprété, Shaïn Boumedine est sympathique dans ses erreurs comme dans ses bonnes intentions, et parmi les jeunes on repère surtout les filles, alors que le groupe de garçons est plus indistinct. En particulier Lucie Charles-Alfred, bien servie dans son rôle de rebelle sensible trop vite condamnée par le système.

Mais tout cela reste extrêmement balisé et convenu, avec un manque évident de créativité dans la réalisation et une écriture qui va exactement partout où on l’attend. L’humour est maladroit, les scènes entre Elias et ses potes conducteurs de bus sont lourdingues, et donnent l’impression que le public visé est davantage celui de l’âge des jeunes placés que des adultes éducateurs/trices. C’est un peu le problème : en choisissant de suivre un personnage adulte, on s’attend à une tonalité d’adulte, pas à des blagues potaches qui font ricaner les 13-15 ans. C’est d’autant plus dommage que l’évolution du personnage principal tenait quelque chose d’intéressant : comment un jeune issu de l’immigration, grandi dans une famille modeste, qui visait une grande école pour échapper à la reproduction sociale et à son milieu d’origine, envisage de tout plaquer pour rester dans son quartier et se mettre au service de jeunes exclus des cadres du système et bien plus en difficulté que lui ? Mais ce sujet n’est finalement que survolé, expédiant les vraies raisons sous le couvert de l’affection de jeunes (amenés à quitter la maison un jour ou l’autre) et d’une amourette qui ne justifie pas une vocation.

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