« Lamb » : la demoiselle serait-elle encore agnelle ?

Maria et Ingvar, couple qui élève des ovins dans le nord de l’Islande, découvre un jour un étrange nouveau-né enfanté par une de leurs brebis…

Movie Challenge 2022 : un film européen hors France

Entré dans le monde du cinéma comme cascadeur, Valdimar Jóhannsson passe à l’écriture et à la réalisation avec un projet très ancré dans la culture de son pays, l’Islande. S’inspirant des contes populaires qui ont bercé son enfance, lui qui a passé du temps dans la ferme de ses grands-parents, le tout nouveau cinéaste pense en images avec moodboards et roman graphique avant de venir à l’écriture scénaristique comme médium pour son histoire.

S’il y a un cinéma du verbe et un cinéma de l’image, Lamb est en effet clairement de la seconde famille, ce qui se remarque d’emblée lors des dix premières minutes totalement exemptes de dialogues. Pas de texte, peu de son, pour une entrée dans l’univers rural visuelle et quasi sensorielle : les nappes de brume qui flottent transissent les spectateurs/trices, déchirées seulement par les jappements du chien et les bêlements des brebis, ou l’écho d’une radio. Dans ce monde où il ne fait jamais nuit, la lumière grise, l’écru laineux et le vert céladon composent un camaïeu de teintes douces, où les silhouettes humaines et le canidé font office de masses sombres annonciatrices d’une action. Seule touche plus vive, le rouge de l’encadrement des fenêtres, que l’on voit Ingvar repeindre à l’occasion. Or la fenêtre devient un enjeu majeur du premier chapitre de l’histoire, celui qui consiste en un affrontement latent entre Maria, la « mère humaine », au prénom de vierge symbolisant la façon dont Ada est entré dans sa vie, et la brebis ayant mis au monde le bébé.

Très exigeant sur la précision de son décor, le cinéaste a bien fait de prendre le temps de concevoir les lieux tels qu’ils les imaginait, car les paysages et les intérieurs de la fermette constituent presque l’essence du récit : celui d’un monde naturel dans lequel la présence humaine est une bizarrerie, un monde fantastique où les croisements en apparence contre-nature peuvent survenir, et où tout l’ancrage terrien du couple ne suffit pas à faire de lui une part de cette nature qu’il habite.

Si l’on pouvait s’attendre à une fable sur l’acceptation par les humain(e)s de la petite Ada, c’est pourtant très peu le cas. En un regard, pour Maria et Ingvar, en mal d’enfant, le choix est scellé. Il n’y a guère que Pétur (Björn Hlynur Haraldsson), le frère d’Ingvar, pour venir questionner la place d’Ada et la tester. Mais le charme étrange et candide (ne dit-on pas « doux comme un agneau » ?) opère et le voici en bon tonton qui emmène sa nièce à la pêche. On aurait pu se passer en revanche de la rivalité amoureuse entre les deux frères, qui n’apporte qu’une force de digression à une intrigue par ailleurs réduite à très peu de choses, tant l’atmosphère l’emporte sur la narration. Ce qui contribue à cette impression, c’est aussi le parti-pris audacieux que tout événement marquant ait lieu hors champ. De l’intrusion dans la bergerie à l’attaque finale, on ne verra quasiment jamais les moments qui auraient pu être les plus frappants. En cela, le film se rapproche un peu de Teddy, même s’il ne nous fait tout de même pas l’affront de planquer son monstre. Mais quand un incident se présente, c’est plutôt la réaction de l’assistance qui est cadrée, comme la face d’Ada nez-à-nez avec l’inattendu.

Sans creuser ses personnages ni le chagrin qu’ils couvent, le film réussit pourtant quelque part à être déchirant. Parce que ce récit d’une nature mystérieuse qui reprend ses droits envers et contre tout nous ramène à notre fragilité humaine, mais aussi grâce à l’incarnation sensible de Noomi Rapace et de Hilmir Snær Guðnasson, mère et père en quête d’une joie simple, fût-elle donnée temporairement et sous une forme imprévisible.

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