« My Own Private Idaho », si maman si

Mike se prostitue pour survivre et souffre de crises de narcolepsie récurrentes. Son ami Scott, le fils du maire de Portland, qui vend son corps par rébellion, décide de l’aider à retrouver sa mère en retournant dans l’Idaho où Mike a grandi…

Movie Challenge 2021 : un film avec un caméo de réalisateur

Écrit directement après son premier long-métrage, My Own Private Idaho est pourtant le troisième long de Gus Van Sant, qui peine à faire financer ce projet, originellement destiné à des comédiens amateurs. Après le succès de Drugstore Cowboy, des opportunités se présentent et le cinéaste prend goût aux étoiles montantes : il engage Keanu Reeves qui vient de faire Point Break et souhaite se tourner vers le cinéma indépendant, et River Phoenix qui accepte le rôle en sachant à qui il donnera la réplique.

Au premier abord, nous suivons Mike, un jeune homme hanté par l’abandon de sa mère, ce qu’on perçoit par des flashs, des souvenirs qui lui reviennent à l’esprit en particulier lors de ses crises de narcolepsie, le cinéaste nous ayant généreusement présenté la définition de cette pathologie en scène introductive, histoire qu’on ne passe pas tout le film à se demander ce qui lui arrive. En grande partie construit autour du point de vue de Mike, le film fluctue donc entre le réel au présent, les souvenirs et des images oniriques, étranges, symboliques. Par exemple, lorsqu’il sombre dans une crise, Mike voit des paysages avec des maisons anciennes, des fermes en bois, et l’une d’elles s’écrase même comme projetée par une main géante et invisible. Il finit d’ailleurs par voir la maison où il a vécu sa petite enfance même s’il doute de sa couleur. Ces passages permettent un ton décalé, des plans étalonnés différemment, avec des couleurs tantôt passées, un aspect de vieux film de caméscope, lorsqu’il s’agit de souvenirs, mais aussi avec des couleurs pop flashy ou une saturation plus importante des teintes. On remarque notamment la scène des couvertures de magazines qui s’animent, faisant discuter les protagonistes devenus des cover boys dénudés de revues porno.

Le film retrace la quête vaine de Mike pour retrouver cette mère dont il n’a plus de nouvelles depuis longtemps et qu’il croit pourtant reconnaître en toutes les femmes qu’il croise et qui ont à peu près l’âge requis. Cependant, petit à petit, le scénario évolue pour laisser de plus en plus de places aux personnages qui semblaient secondaires. À Portland, où il se retrouve avec Scott, déposés par un client, Mike rejoint tout un groupe de marginaux entraînés par un certain Bob, un type plus âgé (William Richert) très attaché à Scott. À mesure que leur relation est dévoilée et que ces personnages sont creusés, on repère dans le scénario des similitudes avec la pièce Henri IV de Shakespeare (récemment adaptée par David Michôd dans The King). Gus Van Sant hybride ainsi l’histoire de Mike avec celle de Scott, une réécriture contemporaine du prince Hal et de Bob, son Falstaff. Fils du maire de Portland, la ville-fétiche du réalisateur, Scott incarne la jeunesse dorée qui vient s’encanailler en guise de crise d’adolescence parmi les plus précaires. S’il fait preuve d’une certaine empathie à leur égard, notamment quand il emmène Mike sur les traces de sa mère jusqu’en Europe, Scott finit par se laisser entraîner par son destin : se ranger en empochant l’héritage paternel. Cette histoire, c’est celle d’un fossé social que rien ne peut venir combler, ni l’amour ni l’amitié qui unissent bon gré mal gré les personnages. L’un est fils d’une meurtrière disparue dans la nature sa peine purgée, l’autre d’un homme de pouvoir et d’argent qui lui laisse une situation confortable. La scène du cimetière creuse visuellement l’écart, le plan fixe soulignant la position statique et conventionnelle de Scott, alors que la caméra tourbillonne autour de Mike et ses pairs les parias, honorant par une bacchanale leur défunt.

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