« Mes chers voisins », judas à la porte

Julia, agente immobilière en intérim, doit trouver preneur pour un bel appartement. Elle découvre que le voisin du dessus est décédé, laissant un trésor en billets sous son carrelage. Alors qu’elle tente de mettre la main sur l’argent, tous les voisins se liguent contre elle…

Movie Challenge 2021 : un film qui m’a fait pleurer de rire

Les expériences de confinement ont prouvé que le voisinage pouvait être un maillon social crucial lorsque les temps sont durs, afin de se soutenir et se rendre de menus services par exemple. Mais qu’en est-il lorsque l’environnement est tout sauf bienveillant ? C’est le postulat d’Álex de la Iglesia, lorsqu’il réalise en 2000 Mes chers voisins (La comunidad).

On pénètre dans un immeuble au gré d’une visite immobilière, et d’emblée, quelque chose ne tourne pas rond. L’atmosphère des couloirs est sombre, les murs noirs semblent presque suintants, mais une fois à l’intérieur, surprise ! L’appartement est habitable, meublé et tout confort. Un soulagement pour l’agente immobilière, Julia, qui se dit à la fois qu’elle n’aura pas de mal à le fourguer… et qu’elle va pouvoir profiter du luxe. D’emblée, le tour de force du film est de nous attacher à un personnage assez détestable. Une femme cupide, flemmarde, menteuse, curieuse, profiteuse, qui rêve que l’argent lui tombe du ciel. On est loin de l’image de « gentils pauvres » qu’on trouve souvent dans le cinéma social. Ici, Julia, tout comme ses nouveaux voisins, ne roulent pas sur l’or, mais ne correspondent pas pour autant à l’image « méritante » que la fiction attribue aux classes populaires.

Carmen Maura fait preuve d’un tel abattage et se révèle si hilarante et déterminée qu’on a envie de voir son personnage réussir dans son entreprise risquée. Un pactole inattendu lui tombe dessus, elle se croit tirée d’affaire… mais les ennuis ne sont pas loin. Ils sont même juste de l’autre côté de la porte de l’appartement. Le voisinage est bizarre, composé de personnalités plus ou moins antipathiques qui partagent une même curiosité fouineuse envers la nouvelle arrivante. Il y a une chose qu’on ne peut, en apparence, pas reprocher aux habitant(e)s, c’est de manquer de solidarité. Tous et toutes sont de mèche pour parvenir à leurs fins, et plus l’intrigue avance, plus cette communauté se fait menaçante, et plus la partie de cache-cache vire au jeu de massacre.

Grâce à un scénario malin, doublé d’une réalisation généreuse en trouvailles et en plans graphiques, le cinéaste espagnol signe une satire cruelle et jouissive autour de l’appât du gain. Jusqu’où peut-on aller pour de l’argent ? Il n’y a pas de limite claire dans cet univers glauque qui fonctionne comme une prison dont on ne peut sortir que les pieds devant. Mais loin d’être horrifié(e)s, plus c’est trash, plus on en redemande tant la mise en scène et le jeu sont brillants. Les personnages se donnent en spectacle avec un ridicule achevé, la réalisation enlevée trouve toujours moyen d’appuyer sur l’idée que la menace rôde, s’infiltre comme les cafards dans les fissures ou le regard à travers le judas d’une porte. L’ensemble est prenant et comique, un genre de partie de Cluedo qui ne se prendrait pas au sérieux.

Et puis il y a ce personnage de fils benêt et voyeur, planqué sous le costume d’un personnage bien connu de la pop culture, qui produit à chaque apparition un mélange de malaise et de rire, pour peu à peu prendre sa place comme un ressort capital du scénario.

De manipulation en course-poursuite, de séduction en tentative de meurtre, ces bras cassés du crime nous enchantent par leur rapacité folle. L’humour noir à la sauce espagnole est décidément une denrée délicieuse, dont on peut aussi se délecter dans Les Nouveaux Sauvages, dans une veine similaire mêlant critique acerbe et pétages de plombs réjouissants.

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