« La Grande Aventure » : l’amour la poésie

Un homme et une femme s’installent pour quelque temps à la montagne. Alors que leur amitié glisse vers une relation de couple, la femme s’en va…

Déjà auteur de deux romans (en prose) très remarqués aux éditions Finitude, Victor Pouchet portait déjà dans leurs titres quelque chose de poétique (Pourquoi les oiseaux meurent, Autoportrait en chevreuil). Le programmateur de la Maison de la Poésie a sauté le pas en changeant d’éditeur, et publie chez Grasset une œuvre qui, en la feuilletant, ressemble à un recueil de poèmes. Des textes courts, des retours à la ligne fréquents, beaucoup de blanc dans la page. Et pourtant, à y regarder de plus près, un chapitrage avec de petits résumés en italique de la situation, un peu équivalent aux « si vous avez manqué l’épisode précédent » des séries. Mais on pourrait aussi bien y voir les didascalies d’une comédie amoureuse en cinq actes.

Présenté sur sa couverture comme « roman-poème », le livre joue avec la définition des genres. Est-ce qu’une telle suite de petits textes aussi centrés sur le quotidien peut constituer un roman ? Est-ce un seul poème qui s’étale ainsi de pages en pages ou plusieurs petits ? Sur l’aspect poétique, la préface d’Hervé Le Tellier formule une réponse claire « les poèmes de Victor Pouchet sont vraiment des vrais poèmes » en mettant en avant le mélange de modestie et d’ambition du livre. Et en effet, en dépit de ces textes courts, souvent composés de mots très simples renvoyant à la réalité du quotidien (marcher dans la montagne, faire la sieste, essayer d’écrire ce qu’on vit…), le volume est assez ambitieux car il tente, sans moyen supplémentaire, de réussir à faire vivre dans l’esprit des lecteurs/trices toute une relation humaine, avec ses moments d’apothéose dans la connivence, ses incompréhensions, ses ruptures et ses manques.

La Grande Aventure c’est d’abord une aventure humaine, celle d’un homme et d’une femme qui à l’écart de la ville qui les abrite d’habitude tentent de créer leur micro-société à deux, de s’apprivoiser d’abord amicalement puis amoureusement. Mais la littérature, qui pour l’homme est une manière de communiquer avec la femme et de graver leur relation, s’apparente pour elle à une forme de rivale. L’histoire se met donc à jouer l’accordéon : le couple ensemble à la montagne, la femme repartie, puis revenue, puis l’homme reparti… Tantôt loin tantôt proches, les personnages restent unis par ce projet de poèmes quotidiens qui les rattachent au commencement de l’aventure… qui est aussi littéraire.

Car au fil du texte, les poèmes prennent une certaine envergure : ils tentent l’effet comique ou la description bucolique, se parent de réflexions philosophiques, associant octosyllabes et émojis. Et parfois jaillit une phrase qui nous touche par sa justesse, son exactitude décalée qui saisit un pan de nos émotions universelles.

Avec La Grande Aventure, Victor Pouchet a fait preuve d’audace. Le résultat, bien qu’éminemment poétique, se lit comme un roman. Et c’est peut-être ça la plus grande aventure : entraîner vers la poésie des lecteurs/trices qui n’auraient pas forcément été accoutumé(e)s à ce genre.

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