Chéries-Chéris 2021 bis – Limiar, À nos enfants, Le Nageur

Limiar

Alors que Coraci mène un travail de recherche sur le genre, son enfant lui annonce qu’il est un garçon et veut désormais s’appeler Andy…

Un peu comme Colors of Tobi, ce documentaire venu du Brésil évoque la transition de genre d’un adolescent, mais aussi les répercussions que cette évolution peut avoir sur sa famille proche. Ici, le phénomène est même traité de l’intérieur puisque c’est la mère de Noah, la réalisatrice Coraci Ruiz, qui filme son enfant au cours d’entretiens qui leur donnent l’occasion d’échanger comme pour faire des points d’étape ensemble au fil de la transition entamée par l’ado.

Au gré des diverses séquences, on perçoit bien que toute transition n’est pas forcément linéaire, car celui qui se fait appeler Andy pendant le tournage a finalement choisi ensuite le prénom Noah, et se définit par moments comme un garçon et à d’autres comme une personne non-binaire. Là où Colors of Tobi s’attachait surtout au changement d’état civil, Limiar évoque davantage l’idée de changements corporels, avec comme enjeu l’autorisation que Coraci doit signer pour que son fils de 17 ans ait le droit d’entamer un traitement hormonal et d’envisager une mammectomie. Si le jeune homme s’interroge encore sur son identité, c’est surtout sa mère qui pose beaucoup de questions et évoque ses doutes et ses craintes : et s’il lui reprochait plus tard d’avoir donné son accord ?

Mais au-delà du sujet précis, le documentaire a pour lui deux autres aspects originaux. D’une part, les entretiens réalisés parallèlement avec la mère de la réalisatrice, qui évoque l’époque des années 70 et la vie en communauté qu’elle a mené, alors que le Brésil paraissait plus ouvert et libre qu’aujourd’hui. D’autre part, Noah a un vrai talent graphique et ses dessins sont une façon pour lui d’exprimer sa personnalité et sa vision de lui-même, ce qui apporte un vrai plus à un film par ailleurs tourné de façon très simple et réaliste.

À nos enfants

Tania et Vanessa essaient d’avoir un bébé par insémination, mais alors qu’une nouvelle tentative doit avoir lieu, Vanessa conseille à sa compagne de régler ses problèmes avec sa mère, avec laquelle les relations sont conflictuelles…

Après un passage par le documentaire, Maria de Medeiros revient à la réalisation de fiction en adaptant Aos Nossos Filhos, la pièce en partie autobiographique de Laura Castro (Tania dans le film). Ce qui devait au départ rester une œuvre plutôt solaire, autour des rapports entre une jeune femme, sa compagne qui tente de tomber enceinte par insémination de leur premier enfant, et sa propre mère réfractaire à cette idée, devient à l’écriture du scénario et au vu de l’évolution du Brésil (Bolsonaro accédant au pouvoir), une tranche de vie qui permet d’évoquer une face très sombre de l’histoire du pays.

Mélangeant réel et imaginaire, présent et souvenirs traumatiques, le long-métrage prend toute sa dimension tragique autour du personnage de Vera (Marieta Severo), la mère. Présentée avant de la voir comme un problème à régler pour Tania, qui se dispute régulièrement avec elle, elle incarne un personnage complexe entre engagement politique et humanitaire et fermeture d’esprit sur certains sujets intimes. L’annonce de la grossesse de sa belle-fille est en tout cas le point de départ du réveil de ses souvenirs, avec en parallèle l’irruption dans sa vie de Sergio, le fils de sa compagne de chambre en prison. Arrêtées pour des raisons politiques par le régime militaire, les jeunes femmes ont subi des tortures qui hélas sont toutes inspirées de faits réels. Ces scènes très sombres, filmées comme des cauchemars et présentées comme tels, puisqu’on voit régulièrement Vera s’en réveiller, contrastent fortement avec l’aspect solaire de son quotidien comme directrice d’un centre d’accueil pour enfants séropositifs à adopter. Mais la violence n’est pas réservée au passé, elle surgit à nouveau au coin de la rue sous la forme de fusillades entre les trafiquants locaux et l’armée.

Dans ce contexte, on peut avoir de l’empathie pour le personnage de Vera, quand bien même la pression qu’elle met sur sa fille pour faire un enfant de façon plus traditionnelle crée des tensions dans le couple de celle-ci avec Vanessa. Les deux femmes ont chacune leur vision de la maternité, et ont du mal à prendre en compte les désirs et le tempo de l’autre dans la réalisation de ce souhait commun de fonder une famille.

Subtil et mystérieux tout en offrant des passages très réalistes sur les problèmes de couple et de famille, À nos enfants laisse planer certains mystères et présente un charme qui séduit autant qu’il fait frissonner.

Le Nageur

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Erez est sélectionné pour un camp d’entraînement dont l’aboutissement sera une course désignant le nageur représentant Israël aux JO. Venu se donner à fond, il est perturbé par l’attirance qu’il éprouve pour un concurrent…

Si Adam Kalderon s’est fait connaître comme costumier dans le cinéma, il est aussi réalisateur et, pour son deuxième passage derrière la caméra, il s’inspire d’une de ses vies antérieures. En effet, l’homme de cinéma a d’abord été sportif de haut niveau, et a lui-même quitté une compétition en 1999, en conflit entre son désir de gagner et celui éprouvé pour un coéquipier.

De cette expérience malheureuse, il tire la substance de ce film de sport qui est aussi un récit d’apprentissage. Les deux genres se combinent à merveille, on a pu s’en rendre compte en festival cette année avec The Novice autour de l’aviron. Les deux films partagent l’accent porté sur la pression mise sur les jeunes espoirs, qui finissent par être persuadés que rien d’autre n’existe que leur sport. L’entraîneur ne rate d’ailleurs pas une occasion de rappeler à Erez que c’est « juste lui et la natation ».

La rigueur de l’entraînement, combinant la natation avec de la course et de la musculation, est montrée à l’aide d’un montage très dynamique et d’une bande-son entraînante qui constituent une sorte de mouvement permanent dans lequel, aux côtés des athlètes, nous sommes embarqué(e)s. La caméra s’attarde sur les muscles bandés, la sueur qui perle, les visages crispés par l’effort, comme une sorte de cartographie des organismes en action, et ce dès le générique d’ouverture avec cette séance de rasage habilement utilisée.

Le trouble d’Erez (Omer Perelman Stricks) et ses tentatives de rapprochement avec son collègue Nevo (Asaf Jonas) donnent lieu à quelques scènes plus légères, presque de comédie, de même que la relation amicale qu’il tisse avec la responsable du groupe, une ancienne gymnaste. Erez se distingue d’abord par ses performances sportives, mais aussi par son look qui reflète un tempérament plus flamboyant que ses adversaires : ses cheveux blonds qu’il finit par peroxyder, son maillot de bain orange, son bas de jogging rose, ses lunettes qui lui font voir le monde en rouge… Cet univers coloré, ainsi que les musiques entraînantes et les scènes de camaraderie constituent une tonalité joyeuse qui contraste avec la répression dont le jeune homme doit faire preuve envers lui-même pour ne pas risquer de perdre le fruit de ses efforts.

Pris entre un entraîneur homophobe et un père qui ne l’imagine qu’en champion, Erez découvre son désir peu à peu, et la caméra est toujours inventive et assez pudique à ce sujet, notamment avec un usage malin des ombres chinoises. Les trouvailles parsèment l’œuvre de petits plaisirs visuels, jusqu’au traitement chorégraphié de la course finale, qui emporte franchement l’adhésion.

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