« Tre piani », drame à tous les étages

Alcoolisé, Andrea cause un accident de voiture tuant une passante et s’encastre dans l’appartement de Sara et Lucio, au rez-de-chaussée de l’immeuble où vivent ses parents, mais aussi Monica, sur le point d’accoucher…

Après un détour par le documentaire, Nanni Moretti revient à la fiction mais avec une forme de nouveauté : c’est en effet la toute première fois qu’il se lance dans une adaptation, ayant jusqu’ici toujours été à l’origine de ses scénarii. Avec Valia Santella et Federica Pontremoli, il s’attache à transposer le roman de l’Israélien Eshkol Nevo à Rome. La matière première littéraire, composée de trois histoires indépendantes s’arrêtant sur un climax sans réponse, est largement remaniée pour créer des liens entre les différent(e)s habitant(e)s de l’immeuble, et l’étalement de l’intrigue sur dix ans, avec deux ellipses de cinq ans chacune, permet d’apporter davantage d’informations sur le devenir des protagonistes.

Ce qui crée d’emblée le lien entre les personnages, et qui n’apparaissait pas comme tel dans le livre, c’est l’accident de la scène d’ouverture, dans lequel toutes les familles que l’on va suivre sont soit partie prenante soit témoin. Une scène violente et tragique, qui cause la mort d’une passante et éventre le bâtiment. C’est comme si la voiture d’Andrea faisait entrer le drame dans l’immeuble, qui va ensuite s’en trouver comme hanter. En effet, à partir de ce moment, aucune des familles ne connaîtra plus la paix de l’âme.

S’il y adjoint exceptionnellement le voisinage, le thème principal du film est celui, cher au cinéaste italien, de la famille, et en particulier des relations entre générations. Comment être un bon parent ? Que transmet-on à ses enfants ? De quoi peut-on les protéger ? Comment préserver les liens sur la durée ? Autant de questionnements qui traversent les personnages. Des parents bien contemporains tentent d’inculquer des valeurs à leurs enfants tout en combinant leur vie de famille avec une vie professionnelle intense, parfois à distance. Mais lorsque le drame surgit dans leur vie, la culpabilité d’avoir été trop peu ou mal présent(e) devient un poison qui ronge et cause les pires tourments, comme l’expérimentent la mère d’Andrea (Margherita Buy) ou le père de Francesca (Riccardo Scamarcio). Son personnage est au cœur d’une intrigue alambiquée et particulièrement intéressante, car il finit par se retrouver accusé – en justice – de ce dont il insinuait la culpabilité chez son voisin âgé. C’est la petite-fille de celui-ci qui le poursuit pour ce dont il craignait que sa propre fille soit victime, en un chassé-croisé amer. Le renversement des rôles est aussi celui des émotions : là où la manipulation opérée par Charlotte pour parvenir à ses fins pouvait faire sourire, les conséquences pour les deux familles sont d’autant plus sérieuses.

Dans un style très épuré et réaliste, le personnage de Monica (Alba Rohrwacher), jeune mère esseulée qui craint de devenir démente comme sa mère, apporte une touche de fantastique avec sa vision d’un corbeau « de compagnie ». Comme souvent chez Moretti, le traitement des relations familiales ne va pas sans celui de la crainte de la perte : par le deuil, la disparition, la brouille définitive ou la démence sénile.

En dépit de thèmes forts et de belles performances toujours très dignes dans le jeu, une constante chez le cinéaste, l’émotion qui affleure par moments, souvent grâce aux bois sublimes de la bande-son de Franco Piersanti, n’éclate jamais vraiment. Comme si l’on restait sur le palier de la vie des personnages.

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