« Sororité » : ce qu’être sœurs veut dire

Été 2020, après #MeToo, Chloé Delaume, autrice du Cœur synthétique, sollicite une quinzaine d’autrices pour écrire en quelques pages leur vision de la sororité…

C’est l’un des premiers titres de la petite collection féministe des éditions Points (qui vient de s’enrichir de quelques nouveaux volumes cet automne), cet ouvrage collectif dirigé par Chloé Delaume autour du terme « sororité ». Avec son roman Le Cœur synthétique, qui parut à peu près en même temps que le projet d’ouvrage collectif prenait forme, l’autrice auréolée du Prix Médicis semble en effet la bonne personne pour initier une telle réflexion. Elle qui mettait en scène une femme à l’épreuve de la compétition féroce que représente le marché amoureux passés 45 ans, et qui en arrivait à mettre en avant l’importance de se serrer les coudes entre femmes dans une telle société patriarcale que la nôtre, avait visiblement déjà cerné pas mal d’enjeux.

Mais elle s’adjoint pour approfondir le sujet une équipe de choix et de choc, associant diverses professions de plume et de mots (journalistes, autrices, artistes, chanteuses-parolières, comédiennes…) pour un panorama actuel du sujet.

Parfois pris au sens le plus premier (celui de « sœurs sanguines »), parfois théorisé ou poétisé de plus loin, le mot infuse une réflexion aux multiples aspects, dont chacun(e) trouvera sûrement celui ou ceux qui lui font écho. De l’analyse de paroles de chanson (« À cause des garçons » décryptée par Ovidie) au poème-hommage (de Jeanne Cherhal), du témoignage de survivante (Lola Lafon) à la salutation à toutes les vigies (Lydie Salvayre), de la conversation fictive (Estelle-Sarah Bulle) à la confrontation réelle (Alice Coffin)… chacune a, à sa manière très personnelle, porté un coup de projecteur sur un aspect du mot sœur.

L’ensemble des textes, divers dans leur forme et dans leur longueur, ce qui fait du livre un ouvrage facile à appréhender même pour qui ne serait pas familière des essais féministes, dessine le portrait d’un terme en mouvement, qui s’est construit sur les décombres d’une « fraternité » trop galvaudée par le peu de cas que le réel fait des bonnes intentions de la devise française, et sur la réalité des boys club qui prospèrent sous couvert d’un universalisme feint. Parfois jointe à l’adelphité, la sororité devient une construction, parfois souterraine, parfois affirmée, parfois partielle, parfois inconditionnelle, qui permet aux femmes d’espérer frayer un chemin vers un futur plus libre et moins soumis au patriarcat et à ses codes (ceux-là-même qui ne proposent aux femmes que la rivalité pour plaire ou complaire aux hommes – toujours de pouvoir).

La sororité n’est donc que rarement une évidence, plutôt un effort, d’abord de pensée, internalisé, pour se défaire de l’impératif de la compétition et des images de « crêpages de chignons » et autres « querelles de bonnes femmes ». C’est accepter de se faire violence pour considérer les autres femmes ou non-hommes-cis avec empathie, en gardant en tête ce point commun d’appartenir à une minorité trop longtemps tenue au silence.

Avec clarté et engagement, les quinze autrices posent des mots sur un concept-clé du XXIe siècle, et donnent l’élan de prolonger leur effort sorore.

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