« La fracture » sociale vue de l’hôpital

Pendant une manifestation de Gilets Jaunes, Yann est blessé à la jambe par un tir de grenade. Le même jour, Raf, en pleine rupture avec Julie, se blesse au coude en tombant dans la rue. Les trois se retrouvent aux urgences, où Kim, débordée, essaie de faire au mieux son travail…

On n’attendait pas forcément Catherine Corsini dans un tel projet. Plus habituée aux romances impossibles déployées dans le temps qu’au film d’atmosphère, la réalisatrice croise son vécu amoureux avec la situation politique en France en 2019 pour accoucher d’un scénario riche en termes de tons et de thématiques.

En premier lieu, La Fracture retrouve l’intérêt habituel de la cinéaste pour les relations amoureuses, avec le couple Valeria Bruni-Tedeschi/Marina Foïs, qui se déchire, la première agonissant d’insultes la seconde, ne supportant pas qu’elle souhaite la quitter. Tout le film peut être lu comme un parcours des deux femmes pour essayer d’enfin parvenir à communiquer sincèrement et sans animosité autour de leurs sentiments.

En parallèle, on est dans une situation sociale traitée in medias res aux côtés des manifestant(e)s, toujours accompagné(e)s par une caméra qui les soutient d’autant plus clairement que les soignant(e)s de l’hôpital vont également prendre parti en leur faveur quitte à prendre des risques envers leur hiérarchie et la police. Les scènes de manifestations sont réalistes et violentes, elles rappellent les images de confrontation qu’on a pu voir aux informations avec des ordres absurdes qui poussent à charger des personnes clairement pas en train d’attaquer. Pio Marmai est de ceux-là, en routier venu avec son collègue pour défendre ses droits, rêvant que le Président de la République accepte de sortir de l’Elysée pour leur parler, d’homme à homme.

L’aspect social s’accentue au sein de l’hôpital. À la façon d’un Thomas Lilti, la réalisatrice réussit à nous faire éprouver le quotidien éprouvant des soignant(e)s pris(es) dans un maelström où les gardes s’enchaînent au-delà de la légalité, où les patient(e)s affluent en sus du nombre de lits disponibles, où les moyens viennent à manquer et l’hôpital à s’écrouler au sens propre comme au sens figuré. L’impression de réalisme est accentuée par l’interprétation remarquable d’Aïssatou Diallo Sagna, aide-soignante devenue infirmière à l’écran. La jeune femme confère à l’ensemble une humanité et une sensibilité qui font contrepoids à la violence qui se généralise à mesure que la tension monte.

Dans cette ambiance douloureuse, l’écriture parvient pourtant à créer des instants de comédie pure grâce à des dialogues qui confrontent Yann et Raf, deux personnes en souffrance de classes sociales différentes qui doivent apprendre à se connaître au-delà de leurs préjugés. Valeria Bruni-Tedeschi est délicieusement tête à claques en artiste shootée et égocentrique, Pio Marmai parfait en type qui perd pied, et Marina Foïs tire joliment son épingle du jeu en mère inquiète qui ne sait plus comment gérer sa compagne.

Jouant des ruptures de tons et de l’électricité entre ses personnages avec brio, La Fracture dresse néanmoins un constat sans appel, où les mieux loti(e)s socialement sont toujours ceux et celles qui s’en sortent le mieux dans tous les domaines, y compris médical.

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