« Le milieu de l’horizon » : un été de canicule

Été 1976. La canicule tue à petit feu l’élevage de poule des parents de Gus. L’ado fuit à vélo le travail de la ferme, et rencontre en chemin Cécile, une nouvelle amie de sa mère…

La réalisatrice suisse Delphine Lehericey revient à la fiction pour un deuxième long sous forme de coming of age. Après la jeune fille de Puppy Love, c’est un garçon que nous suivons, Gus, treize ans, le protagoniste du roman de Roland Buti – transformé en scénario par Joanne Giger.

La thématique de la rencontre lesbienne qui vient bouleverser le quotidien d’une famille hétéronormée classique tenait à cœur à la réalisatrice, et de fait le film offre à Laetitia Casta une assez jolie partition dans ce rôle de femme qui choisit de s’écouter, n’en déplaise à son entourage et sans égard pour le qu’en dira-t-on. Mais l’angle particulier du film, qui ne décolle jamais du point de vue de Gus, est assez limitatif pour traiter de ce sujet. En effet, on ne sait de ce que pensent les adultes que ce que Gus surprend en les espionnant (et de fait de nombreux plans montrent le gamin en train d’écouter aux portes ou d’espionner dans la campagne, planqué dans les hautes herbes ou derrière un arbre). La situation devient répétitive et ne permet de saisir que les grands traits de la situation, faisant ressortir les moments de tension exacerbée et laissant exploser la colère comme réaction quasi-unique à la situation.

Colère du père, homme à l’ancienne défenseur d’un schéma patriarcal classique, qui ordonne et veut être obéi, de son fils qu’il envoie travailler pendant ses vacances d’été, de sa fille à laquelle il compte dicter ses tenues, et de sa femme à laquelle il ordonne de cesser de fréquenter Cécile pour rester dans le droit chemin. Colère du fils, qui par imitation absorbe les sales manies du patriarcat et n’a comme solutions face à un problème que la fuite ou les coups.  Ce monde qu’on nous dépeint, c’est un milieu rural à bout de souffle, exténué par la canicule et la précarité, mais surtout un monde éminemment masculin qui jusqu’au bout veut tenter de conserver son ascendant sur les femmes. Un monde arriéré et toxique sur bien des aspects, où l’on excuse un jeune homme qui commet une agression sexuelle, où l’on menace une femme quand on ne la frappe pas, où l’on mange de la viande parce qu’on est un mâle dominant (ou qu’on veut s’en donner l’image) et où l’on fait le petit chef auprès du voisinage pour ne pas avoir l’air faible.

L’aspect sordide du milieu contraste avec la photo lumineuse, où la chaleur se fait ressentir par la lumière dorée qui joue avec les cheveux des femmes et passe en reflets sur le visage de Gus, souvent capté en contre-plongée, l’astre éblouissant derrière son épaule. Il y a des instants de grâce, liés à des lieux de beauté, comme la carrière avec sa retenue d’eau turquoise. La palette de Christophe Beaucarne, qui livre par ailleurs une ambiance glaciale dans Amants, impressionne avec ici une photo chaude et orangée, digne d’un western. Et on n’en est pas si loin à vrai dire, avec ce vieux monde qui va finir.

Le renouveau, ce sont les femmes qui l’incarnent, la mère certes, mais aussi la joyeuse et libre Cécile (Clémence Poésy), l’adolescente prête à arrêter son père en pleine crise de violence (Lisa Harder), la gamine qui sait pardonner et soutenir un ami qui ne l’a pas toujours mérité (Sasha Gravat Harsh). C’est finalement un peu dommage que l’intrigue se concentre autant sur Gus, car le jeune Luc Bruchez n’est pas si convaincant, un peu limité dans sa gamme d’expressions et maladroit devant la caméra, alors que les interprètes féminines ont plus à offrir.

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