« La Loi du désir » : donne-moi ton cœur babe, ton corps babe

Le cinéaste Pablo Quintero vit une relation tumultueuse avec Juan, qu’il tente d’oublier quand le jeune homme quitte Madrid. Alors qu’il prépare une mise en scène de Cocteau avec sa sœur dans le rôle principal, il rencontre un jeune fan, Antonio…

Après Matador, Pedro Almodóvar crée avec son frère Agustin la société de production « El Deseo », dont La Loi du désir est le premier projet. Du désir de mort qui animait les protagonistes de son film précédent, au désir amoureux et sexuel au cœur de ce nouveau film, le trait d’union est bien le désir de cinéma, et ce n’est pas pour rien que ce film résonne de façon méta avec la carrière du réalisateur.

En effet, on peut voir dans le personnage de Pablo (Eusebio Poncela, dont c’est la deuxième et dernière apparition chez le cinéaste), une sorte de double : cinéaste homosexuel proche de sa famille, incarnée par le personnage d’une sœur trans, Tina (Carmen Maura, la muse de toute la première période du cinéma d’Almodóvar), qui a pour projet de monter une adaptation de La Voix humaine de Cocteau… ce que le réalisateur fera sous la forme d’un court-métrage des années plus tard (2020).

Et d’ailleurs le film démarre par le procédé bien connu du « film dans le film », que le cinéaste sera amené à réutiliser : une voix masculine donne des consignes à un jeune homme en train de tourner une scène d’auto-érotisme, mais nous découvrons en plan de coupe les doubleurs en train de réaliser la post-synchronisation de l’œuvre, puis les réactions du public à la fin de la projection.

Ce phénomène de poupées russes qui nous fait douter du degré de réalité dans lequel nous nous trouvons, c’est aussi ce qui permet par la suite le jeu intime entre Pablo, Juan et Antonio, avec l’insertion au centre du personnage fictif de Laura P… qui est décrite sous les traits de Tina, la sœur de Pablo. Qui est qui ? Et qui éprouve réellement du désir et de l’amour pour qui ? La fameuse « loi du désir » qui donne son titre au métrage semble à la fois son impériosité, qui pousse les personnages à toutes les folies pour l’assouvir, mais aussi son caractère flou et difficile à exprimer. Face à face ou par écrit, les protagonistes ne paraissent jamais se comprendre, ni s’accorder, comme s’il était impossible d’être sur la même longueur d’onde et de synchroniser les envies de chacun.

À l’écran, on sent qu’en produisant son œuvre, Almodóvar a gagné en liberté et en qualité. On commence à percevoir l’esthétique qui va habiller son style, avec des rouges saturés, le turquoise vif de la chemise qui constitue un élément clé de l’enquête, écho du regard bleu de Pablo. Mais aussi avec une tendance aux surimpressions significatives, qui fait par exemple superposer les yeux avec les roues du véhicule (rouge bien sûr) entraînant le personnage dans sa fuite. Le cinéaste s’octroie également plus de recherche musicale, offrant à Carmen Maura l’occasion d’un morceau de bravoure chanté dans une église et à la jeune Manuela Velasco un playback sur une version de « Ne me quitte pas » de la brésilienne Maysa Matarazzo.

Moins éparpillé que les premiers films du réalisateur, plus travaillé que ceux qui l’ont directement précédé, La Loi du désir réussit un bel équilibre entre légèreté et tragédie.

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