« Delphine et Carole, insoumuses » : des femmes qui ouvrent la voie

Carole Roussopoulos, réalisatrice, anime des ateliers de vidéo quand elle rencontre Delphine Seyrig, dont elle ignore tout de la carrière artistique. Elles deviennent amies et montent un collectif de femmes vidéastes engagées…

La réalisatrice et militante Carole Roussopoulos avait exprimé le désir de consacrer un film documentaire à son amie Delphine Seyrig, avec laquelle elle avait beaucoup travaillé au sein du collectif de femmes vidéastes, les Insoumuses. Malheureusement décédée avant d’avoir pu mener à bien ce projet, elle en avait laissé derrière elle l’inspiration. C’est sa petite-fille Callisto McNulty, qui reprend cette idée et accepte de rendre hommage aux deux femmes en axant son travail sur leur parcours commun.

L’entièreté du métrage est composée d’images d’archives, montées à l’aide de Josiane Zardoya, qui permettent de donner une large place aux paroles de Delphine Seyrig et de Carole Roussopoulos. La première, de par son statut d’actrice reconnue en France, est interviewée sur des plateaux télévisés dans des émissions où on lui demande de revenir sur son parcours, son féminisme et l’impact de celui-ci sur sa carrière. La seconde est filmée dans des entretiens-fleuves menés chez elle dans les dernières années de sa vie, ce qui lui permet de revenir sur son propre travail et sa collaboration avec Delphine.

On découvre également des images extraites des bandes vidéo tournées par Delphine et Carole avec le collectif Insoumuses. Un travail permis, comme expliqué dans le métrage, par la facilité de se procurer des bandes bon marché et l’achat par Carole et son compagnon d’un des tout premiers modèles de caméra portative. La vidéo n’est pas considérée comme un support artistique, notamment par Carole qui ne se revendique pas cinéphile, mais plutôt comme un moyen de fixer et transmettre aisément des paroles militantes, des témoignages autrement silenciés et de faire connaître les problématiques féminines du temps (par exemple le mouvement des prostituées de Lyon réfugiées dans une église).

Mais la vidéo permet aussi un usage moins strictement documentaire et plus créatif voire assez humoristique dans son ton, avec l’insertion au sein d’images d’archives d’une sorte de commentaire écrit sous forme de cartons, comme dans les films muets. C’est ce qu’on peut observer dans Maso et Miso sont dans un bateau. Il est intéressant de constater à quel point la notion de commentaire le plus direct et ouvert à tous/tes énoncée par les deux femmes correspond à un certain usage des réseaux sociaux aujourd’hui, alors même que le travail de vidéaste de sa grand-mère est rapproché par la réalisatrice des podcasts des années 2020.

Instructif, respectueux de l’engagement, du travail et de l’intelligence de Carole et Delphine, ce documentaire met en avant l’importance du regard féminin sur la condition féminine, en particulier dans le cinéma et les médias. Une problématique toujours extrêmement contemporaine, sur laquelle les deux femmes ont eu un vrai rôle précurseur qu’il est bon de garder en mémoire.

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