« L’Amour et la Violence » : vaille que Val

Valentin est un enfant sans nom, né dans la multitude, hors les murs de la Cité. Sa mère envisage pour lui un avenir meilleur et parvient à les infiltrer. Il s’appellera Croissard, ira à l’école et obtiendra sa chance d’intégrer la Nomenklatura…

C’est une rareté dans une collection de littérature blanche, et plus encore pour un premier roman (on sait que des Vincent Message, Isabelle Jarry ou autre Muriel Barbery, entre autres, ont pu s’essayer au genre chez des maisons généralistes), mais Diana Filippova entre chez Flammarion avec une dystopie hautement politique.

Ce n’est nullement un hasard pour la conseillère de la Mairie de Paris, passée par Sciences Po et Place Publique, qui de son propre parcours hérite une terminologie soviétique (Nomenklatura) et un déracinement à huit ans. Pour autant, on se gardera bien de trop projeter de notre monde et de la réalité dans ce récit d’une société tout autre, où le monde habitable semble réduit à une unique nation, divisée entre une ville (la Cité) et une infinie province (les confins). Dans cette organisation apparemment stricte, où la population est répartie par castes liées à la naissance, des brèches sont tout de même présentes, qui permettent d’évoluer et d’ambitionner de devenir un transfuge de classe. C’est tout le parcours de Valentin, le protagoniste, dans la psyché duquel la plume habile, volontiers poétique, nous balade.

Avantage du procédé, une immersion complète dans l’univers, à travers les yeux d’un personnage qui en balaye les diverses couches sociales au fil de sa vie. Inconvénient, tout ce qui lui échappe nous file aussi entre les doigts, au point qu’on peine par moments à se repérer dans ce récit dense, aux nombreux personnages et aux institutions mystérieuses. Sans compter Mollie, une invention qui permet de contrôler, effacer ou remanier la pensée et les mémoires, histoire de complexifier le tout.

Contrôle des masses, jeux de pouvoir, ascenseur social, privilèges, sédition sont au cœur de l’intrigue qui ne manque pas de sel ni de retournements de situation, les alliances se faisant et se défaisant au gré des opportunités politiques. D’amour, au fond, il est assez peu question, autrement que sous sa forme physique ou son incapacité à s’exprimer verbalement. La violence, elle, est partout, de la plus directe avec des meurtres décrits en flagrant délit à la plus insidieuse.

On pourrait certainement employer cette société sans lieu ni temps comme étalon des dérives qui sont les nôtres. On préfère se laisser porter par les circonvolutions d’un récit plein de méandres, dont on ne saurait dire où il nous entraîne et ce qu’il veut nous dire. Le plaisir est dans le lâcher-prise, qui n’a pas comme son protagoniste besoin d’alcool pour se perdre, simplement du parfum des mots qui construisent un univers aussi malsain et glauque qu’intriguant.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :