« La troisième guerre », pas de sentiment chez les sentinelles ?

Léo Corvard est affecté pour sa première mission à l’opération Sentinelle à Paris. Il se lie avec Hicham, avec lequel il patrouille sous les ordres de Yasmine, femme sergent qui cache sa grossesse à sa hiérarchie…

Pour son premier long-métrage, l’Italien Giovanni Aloi choisit la France, inspiré par ses observations parisiennes au lendemain des attentats du 13 novembre : des soldats en armes partout dans les rues, marchant apparemment sans but, semblant même passablement désœuvrés. C’est l’opération Sentinelle, déployée depuis janvier 2015 dans le cadre d’une lutte de terrain contre le terrorisme.

Classiquement, l’intrigue s’attache à un bleu dont c’est là la première mission, histoire de nous introduire à ses côtés dans l’institution militaire. Et ce qu’on voit du quotidien est plutôt affolant : regroupement en clans prêts à se foutre sur la gueule ou causer du tort à leur bouc émissaire à la première occasion, ennui dilué dans l’alcool et les jeux de guerre, sexisme outrancier dans les conversations, et comme une chape de bêtise crasse qui confine à la paranoïa.

Hors de la base, c’est ce sentiment qui domine, d’abord incarné par le personnage de Karim Leklou, qui apprend au bleu à avoir peur de tout et à se méfier de tout le monde. La ville devient le théâtre d’une guerre fantôme où tout est menace, d’un sac à une poubelle en passant par une camionnette. C’est un film sur l’attente, l’appréhension du pire qui ne vient pas, et forcément, à l’écran, sans réelles trouvailles de mise en scène, l’ennui guette, d’autant plus quand rien ne permet de s’attacher aux personnages.

Mais à force de se préparer (l’expression « on est prêt » ou « je suis prêt » revient un grand nombre de fois) à la catastrophe, les soldats finissent par perdre leurs nerfs. Anthony Bajon retrouve le type de rôles auquel il nous a habitués, celui d’un type bourrin, inadapté, qui a grandi en manque de repères et vient chercher une vision toxique de l’ordre et de la masculinité. Et si cette fois, c’est lui qui chante la Marseillaise, son Léo de La Roche-sur-Yon n’est pas sans rappeler le Teddy de la campagne : un jeune mal dégrossi et prêt à vriller.

Pour que le métrage décolle vraiment, et révèle plus clairement sa dénonciation de l’opération Sentinelle perçue comme une oisiveté forcée qui rend fou (en témoignent les scènes où les militaires piquent le job des policiers, pour avoir l’impression d’être utiles), il faut attendre la dernière demi-heure du film qui monte en tension à partir d’une scène de manifestation filmée avec intensité. On est enfin dans l’action, et comme le protagoniste, on accepte l’idée que tout finisse mal, pourvu qu’enfin cela finisse.

Si le sujet est original, et la dénonciation plutôt appuyée, le film manque un peu d’équilibre, et on regrette que le personnage de Leila Bekhti soit totalement sacrifié à l’écriture, ses enjeux étant réduits à une image forte finale.

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