1 mois, 1 plume, 1 œuvre : Douleur (septembre 2018) par Louise

1 mois, 1 plume, 1 œuvre : le dernier dimanche de chaque mois, un(e) invité(e) vient évoquer une œuvre (livre ou film) sortie ce mois-là… d’une année de son choix.

La plume

Louise connaît bien le monde littéraire : éditrice de profession, elle aime glaner dans les librairies ses prochaines découvertes, à l’instinct ou au gré des recommandations de BookTube. On peut croiser sa présence discrète sur Twitter, mais ceux et celles qui la connaissent savent aussi où la trouver dansant la bachata ou poussant la chansonnette, car tous les arts se partagent son cœur.

L’œuvre

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Chroniquer un livre paru en septembre… l’embarras du choix avec la rentrée littéraire ! En réalité non. Les nouveaux romans envahissent les tables des librairies dès le mois d’août et non durant ce mois de rentrée. J’ai donc un peu triché, j’avoue, en prenant une édition de poche (Folio) parue en septembre 2018 d’un roman sorti dans sa version originale en mars 2015. J’ai choisi de la littérature étrangère et me suis aventurée dans des terres inconnues jusqu’ici avec Douleur de l’autrice israélienne Zeruya Shalev, traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz.

Douleur : une femme à l’épreuve du temps

Douleur, c’est l’histoire d’Iris, quarantenaire, israélienne, femme, épouse, mère et directrice d’école. Alors qu’elle croyait maîtriser chaque aspect de son quotidien à la perfection, ou tout du moins sauver les apparences grâce à un dévouement total à son travail, un jour, elle perd le contrôle.

« A posteriori, chaque détail semble décisif, or les choses doivent être examinées dans leur simplicité, en temps réel et non parées des vêtements que le futur leur aura cousus »

Ressasser le passé et l’analyser à la lumière du présent, c’est ce que ne cesse de faire Iris durant les quelques semaines de sa vie que l’on suit. Elle réinvente les moments marquants de sa vie, les embellit ou les détériore, c’est selon. Jusqu’à s’y perdre en laissant le présent de côté. C’est cette période de perte de repères, identitaires et temporels, qui nous est racontée ici.

Il y a dix ans, jour pour jour, Iris a été victime d’un attentat en plein cœur de Jérusalem et violemment projetée au sol par la déflagration de l’explosion. La douleur, insidieuse, s’est logée dans les moindres recoins de son corps et de son esprit, obligeant Iris à vivre avec. Mais en cette date anniversaire, la douleur se réveille brusquement. C’est précis et c’est fort, bluffant de réalisme. On vit le drame avec Iris et on ressent toute la détresse qui en a découlé. À noter que Zeruya Shalev a elle-même été blessée dans un attentat similaire en 2009 à Jérusalem.

Et comme si la douleur attirait la douleur, ce n’est pas le seul traumatisme qui refait surface chez Iris ce jour-là. Le souvenir d’un « amour amputé », remontant à l’adolescence revient la frapper de plein fouet lors d’une visite à l’hôpital (haut lieu de la douleur, comme par hasard).

La douleur est partout, à chaque page. Protéiforme, elle frappe à des degrés divers mais n’épargne personne. La douleur du corps accidenté par la vie, la douleur de la mère impuissante, la douleur de l’épouse lassée, la douleur du mari trompé, la douleur de l’amant rejeté, la douleur de la fille délaissée, la douleur de la citoyenne en insécurité, la douleur de la femme sous influence…

On pourrait avoir la sensation d’étouffer, mais par touches, le texte nous offre quelques oasis de beauté, histoire d’oublier un instant la douleur lancinante qui imprègne le récit. Alors on respire un peu en découvrant Jérusalem sous un jour nouveau et paisible, celui d’un pays où l’air sent le miel et où les pruniers sont en fleurs.

C’est dur, c’est beau, c’est complexe. C’est le parcours d’une femme qui ne prend pas forcément les bonnes décisions, qui jongle entre ses rôles de directrice, de mère, d’épouse, d’amante et qui ne parvient pas à tout concilier. Elle est tantôt forte et déterminée, tantôt fragile et démunie face à une vie qu’elle s’est construite par défaut, en guise de carapace.

Louise

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