« Summertime » : city of words, are you shining just for me ?

Dans le quartier de Venice à Los Angeles, Tyris veut manger un burger, Sophia suit son ex dans la rue, Jason tague les murs, Anewbyss et Rah tentent de percer dans le rap, Marquesha va chez sa psy qui lui donne un livre étrange…

Qui aurait attendu Carlos Lopez Estrada, le réalisateur de Blindspotting et de Raya et le dernier dragon dans un tel projet ? Pourtant le cinéaste s’est lancé dans un sacré défi, après un atelier de « spoken word », une manière d’oraliser des textes souvent en lien avec d’autres arts (musique, image, danse…). Le réalisateur mexicain rencontre vingt-cinq jeunes artistes de Los Angeles et leur propose d’écrire des textes correspondant à des personnages qu’ils/elles vont interpréter dans le film, conçu comme une déambulation dans la ville, principalement autour du quartier de Venice.

Le résultat est un mélange des arts et des techniques, qui débute par une balade à la guitare interprétée sur rollers. La caméra suit la protagoniste en plan-séquence jusqu’à profiter de sa chute pour changer de focus, et partir en traveling arrière dans la boutique voisine où l’on rencontre un autre des personnages du récit. C’est ainsi qu’on passe d’une figure à l’autre, d’un plan-séquence à un écran noir qui nous transporte d’un clip de rap à un vlog en caméra selfie. Les univers se mêlent dans les rues, d’une chorégraphie de groupe modern-jazz sur les voies de circulation à une performance de rap improvisée sur le trottoir. La surprise et l’humour peuvent jaillir de partout, de l’apparition inattendue d’un personnage par un coin du cadre ou du jeu sur les clichés, comme l’entrée bling-bling des nouvelles stars du rap dans un fast-food.

Dans ce mélange des tonalités qui associe tendresse, rébellion, poésie, colère, légèreté, des moments forts se dégagent autour de textes marquants, comme celui de la jeune fille lesbienne (Mila Cuda) dans le bus ou la revanche de Marquesha. C’est l’occasion d’aborder des thèmes de société forts, tels que la diversité, l’homophobie, la grossophobie, la confition féminine et la peur des agressions sexistes, la maltraitance familiale, les petits jobs pour survivre, les rêves de richesse et de célébrité par opposition à un quotidien de débrouille, la lutte des classes, l’attachement à l’endroit d’où l’on vient… Car le personnage central, c’est peut-être la ville, dont les plans dessinent un portrait vivant, coloré par les fresques murales, victime de la gentrification galopante que tente de dénoncer Tyris à travers ses commentaires sur Yelp.

Le scénario co-écrit par l’ensemble des artistes permet de recroiser régulièrement les personnages en mêlant intelligemment les intrigues pour dévoiler peu à peu les backstories qui les accompagnent. On est tellement bien en leur compagnie, à se laisser guider à travers les rues et leurs histoires, qu’on en voudrait toujours plus, tant le métrage défile à toute allure, rythmé par la diversité musicale, de la balade qui ouvre et clôt l’ensemble au rap en passant par le slam ou l’électro de l’arrière-boutique coréenne. Bulle de peps et de positivité malgré la dureté de certains sujets abordés, arrachant quelques larmes entre deux sourires, Summertime déborde de la vitalité et du talent de ses interprètes et donne à voir une Los Angeles bien différente des studios hollywoodiens et de la carte postale souvent présentée au cinéma. Et l’on aime encore davantage pour ces nouvelles facettes qui s’offrent à nous avec générosité dans ce film qui ne ménage ni ses effets ni sa sincérité.

4 commentaires sur “« Summertime » : city of words, are you shining just for me ?

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    1. Merci ! Oui c’est le problème, il est distribué dans très très peu de salles ! Il y a un gros souci avec l’exploitation au cinéma, depuis la crise c’est pire qu’avant, les salles misent sur les gros films (et ça peut se comprendre) mais les films indés ont du coup de plus en plus de mal à rencontrer leur public, parce qu’on sait très bien que c’est un type de cinéma qui marche avec le bouche-à-oreille donc sur un temps long.

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