« Petites danseuses », sourire est un métier

Jeanne, Ida, Marie et Olympe font partie de la même école de danse. Toutes rêvent d’un avenir de ballerine professionnelle. Mais leur enseignante Muriel sait que le chemin sera long…

Anne-Claire Dolivet a pratiqué la danse dans son enfance, et gardait un intérêt pour ce milieu, jusqu’à ce que sa fille se mette elle-même à pratiquer cet art, et que son regard de maman venant la chercher au cours de Muriel se mue en regard de cinéaste. Il y avait bien là matière à un documentaire, au milieu de ce groupe des petites « surdouées » repérées par leur Pygmalionne qui proposait à ses élèves de suivre plus de cours afin de se préparer pour participer à des concours.

Pour beaucoup de ces enfants, intégrer ce groupe spécial, c’est s’astreindre à une discipline particulière, qui implique de travailler tous les jours de la semaine sauf « le dimanche, mon jour de repos » comme l’explique une petite tête blonde, et entrer dans une logique déjà de professionnalisation. À 6 ans, oui oui. On est bien dans un monde à part, celui de tous/tes les sportifs/ves ou artistes de haut niveau, qui souvent ont dû très jeune s’adonner corps et âme à leur passion pour espérer en faire un jour leur métier. C’est cela que montre Anne-Claire Dolivet (et son co-scénariste Mathias Thery), ce quotidien d’enfant si différent de celui des autres… Et en même temps, les petites filles que l’on suit, en dépit de leurs aptitudes sur pointes, sont totalement normales et attachantes dans leurs qualités comme leurs défauts. Le fait de les suivre pendant plusieurs mois permet la création d’un lien sur la durée, comme dans Adolescentes dans une moindre mesure, et donne envie de savoir ce qu’elles vont devenir.

Les profils des fillettes ont en commun une grande passion pour leur art, le rêve de devenir un jour « une grande danseuse », et l’investissement de leurs familles pour les accompagner dans cette ambition et les moyens d’y arriver, à commencer par les trajets entre les écoles et les différents cours, mais aussi jusqu’aux lieux des concours. Mais par leur âge et leur tempérament respectifs, toutes en sont à un point différent de leur cheminement. Marie, la plus grande, suit déjà une formation au Conservatoire, et les cours de Muriel ne sont plus pour elle qu’un bonus dans l’idée de passer des concours. Ida, presque 10 ans, est une élève appliquée autant à la danse qu’à l’école et son sérieux dans le travail lui confère à la fois des succès et des problèmes de santé à force de solliciter intensément ses articulations. Olympe, 9 ans, a d’abord suivi les pas d’une grande sœur adorée, mais sa sensibilité et son côté tête en l’air lui causent des soucis pour retenir les pas et les conseils. Enfin, Jeanne, la benjamine de 6 ans, peine à trouver sa place dans le groupe de plus grandes et à faire la synthèse entre les encouragements de sa professeure et les complexes que lui colleraient volontiers sa mère et le reste du monde de la danse en la jugeant peu conforme aux standards exigés (on parle bien de standards physiques à 6 ans).

Auprès d’elles, on suit les progrès, les espoirs, les doutes, les échecs, les moments de grâce et les coups de déveine. Leurs relations aussi, faites de moments de complicité qui masquent une rivalité latente. Et leurs liens avec leur professeure, personnage prépondérant qui ne manque pas de verve, qu’il s’agisse de réconforter une petite blessée ou de tancer une gamine distraite. Certes, c’est beau, lorsqu’une des fillettes réussit sa variation avec grâce, le sourire aux lèvres. Mais on ne peut tout de même que s’interroger sur les coulisses des tenues à paillettes, que la caméra montre avec d’autant plus de justesse qu’elle sait se faire oublier, n’être que le témoin de la vie quotidienne des petites danseuses, narrée en voix off par les enfants elles-mêmes, en interviews ou dans des confessions émises au dictaphone. Le stress qui donne mal au ventre, les douleurs physiques, la solitude de la nouvelle petite chouchoute, la déception de celle qui fut la préférée et voit le vent tourner, le corps qu’on tente de modeler pour correspondre à des exigences absurdes, et ce sourire qu’on vous impose de vous coller sur la figure même quand rien ne va. Show must go on, c’est ce qui régit ces jeunes vies, et l’on hésite entre les admirer ou les plaindre. On est ému(e)s, en tout cas, et on ne voudrait que le meilleur pour ces quatre fillettes qu’on retrouvera peut-être, d’ici quelques années, sous les feux des projecteurs.

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