« L’Origine du monde », de battre son cœur s’est arrêté


Alors que son couple bat de l’aile, Jean-Louis se rend soudain compte que son cœur ne bat plus. Son ami Michel, vétérinaire, est formel, pourtant Jean-Louis n’est pas mort. Mais la coach de vie de sa femme lui prédit qu’il périra dans 3 jours à moins de lui apporter une photo un peu particulière…
On ne peut pas vraiment dire qu’on n’était pas prévenu(e)s : le résumé de L’Origine du monde était déjà totalement disjoncté et promettait une certaine dose de bizarrerie. Mais au moment d’écrire cet article, on a failli taper « L’Origine du mal » (ah non, ça ce sera le prochain film de Sébastien Marnier, attendu en 2022), et le lapsus a du sens.
Au départ, le film se pare des atours d’une classique comédie sur un couple bourgeois passé à la moulinette de la routine : après 17 ans ensemble, elle simule, il ne jouit plus, chacun(e) est agacée par les manies de l’autre, bref, que reste-t-il à sauver à part les apparences (encore un film avec Karin Viard dans un couple bourgeois à la dérive) ? Celles-ci tiennent visiblement une grande place dans la vie de Jean-Louis et Valérie, dont l’appartement n’est qu’un étalage de signes extérieurs de richesse.
Mais dans ce décor calibré pour une comédie française moyenne, surgit un élément de fantastique : le cœur de Jean-Louis cesse de battre, donnant lieu à un élan de panique. Cet élément perturbateur propulse le film à un autre niveau : alors que Jean-Louis confiait à son meilleur ami qu’il avait l’impression de vivre dans un mensonge, de se voir agir comme dans un mauvais rêve, toute la suite du film se mue en un long cauchemar. Pour le personnage d’abord, qui ne sait plus très bien s’il est mort ou vif et se voit confronté à tout ce qu’il déteste : la coach de sa femme, dont les méthodes et le jargon occulte lui arrachent des sourires narquois, et puis sa mère, avec laquelle sans trop qu’on sache pourquoi il n’a plus de relations. Au cauchemar de Jean-Louis s’ajoutent des mauvais rêves nocturnes qui débutent sous la douche du club de sport où il a pris conscience de son absence de pouls, et l’embarquent dans des scénarii freudiens où sa mère et sa femme se confondent.
Mais cauchemar aussi pour les spectateurs/trices, jamais assez préparé(e)s à ce degré de malaise qui n’en finit pas de s’accroître. Au commencement étaient les blagues décalées telles que les « sushis-nems » et l’on riait de bon cœur. Puis est venue la confrontation avec la coach (Nicole Garcia) et on a souri du choc des cultures. Mais à partir du « jour 1 » et du premier plan machiavélique (et idiot) destiné à obtenir la photo du sexe maternel, ça y est, on se vautre dans la gêne. Et c’est probablement tout à fait l’objectif du film, qui s’autorise encore par moments à vouloir déclencher des rires francs, à grands renforts de ralentis exagérés, de champs/contre-champs serrés censés rythmer les révélations des dialogues, et des maladresses de Michel (Vincent Macaigne, pour son 3e film de la sélection Cannes 2020). Mais l’on vire peu à peu au film de famille qui tourne mal, comme dans Le Prénom par exemple, où chaque révélation grotesque sera suivie d’une autre bien pire, jusqu’à se complaire dans le sordide et le scato.
On imagine qu’en adaptant cette pièce, Laurent Lafitte a voulu frapper fort, flirter avec les limites du mauvais goût et faire grincer des dents autour du thème de la famille en apparence sans histoires. Le film qui en résulte est certes mémorable pour cause de scènes qu’on aimerait s’effacer des rétines, et vision d’Hélène Vincent écornée à jamais. Grand avantage, nombre de problèmes familiaux paraîtront bien anodins comparés à ceux des personnages.

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