« Délicieux » amuse papilles et pupilles

Pierre Manceron, cuisinier apprécié du duc de Chamfort, se trouve renvoyé pour avoir osé présenter des amuse-bouche non demandés au menu à la pomme de terre. Il se réfugie avec son fils dans un relais de poste où il reçoit la visite de Louise, qui veut devenir son apprentie…

Après Le goût des merveilles, Éric Besnard est définitivement un réalisateur porté sur la bonne chère. Ici, point de tartes aux poires mais une ribambelle de recettes Grand Siècle pour nous mettre l’eau à la bouche avec l’histoire, certainement romancée, de la création du premier restaurant. Mais les points communs avec ce film antérieur sont présents : le retour de Benjamin Lavernhe, ici en gourmet détestablement suffisant, mais aussi de la province, d’un milieu rural et agricole. Manceron vient de la terre, et les matières premières qu’il travaille, il sait les cueillir, les chasser ou les pécher. C’est d’ailleurs sa première leçon à Louise, lorsqu’elle devient son apprentie : il faut savoir se salir les mains.

L’expression « cuisine du terroir » correspond assez bien à ce que le film met en avant avec ce personnage qui peut paraître rustique, mal dégrossi, mais qui fait en réalité preuve de plus d’amabilité et de finesse que les nobles méprisant(e)s. Grégory Gadebois sait bien incarner les types bourrus qui ont bon fond, et ce rôle ne fait pas exception. S’il est obstiné, il n’arrive pas sur ce point à la cheville de Louise, le personnage d’Isabelle Carré. Dans une intrigue relativement balisée, elle est celle qui apporte un peu de sel et de mystère, et quelques révélations bien senties qui réveillent les papilles. Le tandem fonctionne avec une certaine alchimie, reléguant les personnages secondaires quasiment au rang de figures parlantes.

Avec un budget modique, le film réussit tout de même à avoir une certaine allure dans la reconstitution historique, avec un décor évolutif qu’on prend plaisir à voir s’améliorer au gré des idées du duo (enfin surtout de Louise), qui font figures de private jokes pour le public d’aujourd’hui, comme on aime améliorer sa maison dans un jeu de simulation. La partie chez les nobles est moins agréable, tendant à tomber dans la surenchère et le grotesque (n’est pas Amadeus qui veut dans ce registre).

Le plus plaisant, c’est le cœur du sujet : la nourriture. Les sauces en train d’être montées, les pâtes en cours de pétrissage, le jaune d’œuf mis à dorer, les légumes émincés et les natures mortes à la Chardin constituent la principale attraction du métrage, et la plus inédite quelque part, en dépit de quelques poncifs, malgré tout bien exécutés (la scène de reconnaissance des goûts, vue dans Chère Martha par exemple, celle de l’incendie des produits qui rappelle Les Vendanges de feu entre autres).

Sans faire date, Délicieux laisse une saveur agréable, un petit goût de revenez-y.

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2 commentaires sur “« Délicieux » amuse papilles et pupilles

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