« Louloute », souvenirs à la ferme

Louise, enseignante en collège, retrouve comme collègue un camarade d’école. C’est l’occasion de se donner des nouvelles et de replonger dans les souvenirs de son enfance, dans la ferme familiale, aujourd’hui à l’abandon…

On n’aurait pas dit, à voir l’affiche, ni même en découvrant les premières scènes du film, avec une prof de collège gentiment égarée et narcoleptique qui arrive en retard et trempée en cours après s’être endormie dans le parc à la pause déj.

Pourtant, Louloute s’inscrit totalement dans la veine désormais florissante du cinéma français largement ouverte par Petit paysan, dans laquelle se sont engouffrés aussi bien des mélos à tête d’affiche comme Au nom de la terre que des films de genre mâtinés de discours social comme La Nuée. Un « monde rural à bout de souffle universe » qui revient ici aux racines du mal, dans les années 80.

Hubert Viel, à l’instar d’Hubert Charuel, a grandi dans le milieu agricole, avec un père éleveur de trotteurs et des animaux plein la maison. Comme souvent, c’est lorsque l’immersion dans un milieu est du vécu qu’elle sonne le mieux. Ici, avec une particularité, celle d’un point de vue à hauteur d’enfant.  La caméra court derrière la petite Louise, dite Louloute, qui patauge dans les flaques de boue droite dans ses bottes en caoutchouc, adore que son père la complimente sur ses talents pour traire les vaches, mais ne supporte pas de trouver un poussin mort en cassant un œuf. Dans la chaleur du 16 mm, le cinéaste donne vie à une ambiance familiale chamarrée, autant dans ses décors et tenues bien d’époque que dans son ambiance où les rires et les cris le disputent au silence rêveur de Louloute, qui a tôt compris que « réfléchir, ça fait passer le temps ». Elle se décrit elle-même comme mélancolique, et on la voit de fait errer dans la cour de récré, mater discrètement Dimitri, l’amoureux potentiel en pleine partie de billes, fixer une fissure au plafond jusqu’à ce qu’on vienne la chercher. Mais aussi se révolter brusquement contre le foutoir familial, et la résignation qui pointe le bout de son nez, quitte à se lever tôt pour brosser sa vache préférée ou partir en quête d’un rebouteux spécialisé dans les problèmes de lait.

On ne sait pas vraiment ce qu’il en est, si Louise portait déjà en elle le pressentiment du pire, ou si ce fardeau qu’elle semble porter est hérité de sa part adulte, celle qui raconte et réécrit ses souvenirs de son point de vue actuel, à la veille de vendre la ferme familiale. Le procédé d’écriture, rajouté pour s’octroyer plus de liberté dans la partie « enfance », qui peut sans problème s’habiller d’onirisme à partir du moment où elle est un souvenir et pas un présent, tient mal la route sur la durée. De la Louise adulte, on saura au fond peu de choses, et sa conversation avec un Dimitri bizarrement enclin à passer la nuit chez sa nouvelle collègue, a quelque chose d’artificiel. On n’avait pas besoin qu’on nous montre le traumatisme pour en deviner l’ampleur, et à part ça, à quoi bon ?

L’intérêt, c’est la Louloute enfant, comme le film lui-même tend à le souligner en revenant jusqu’au bout aux scènes-clés des 10 ans de son personnage. Et même si les acteurs/trices adultes sont fort bien choisi(e)s par rapport à leur version mini (Erika Sainte, Anna Mihalcea, Pierre Perrier), le plaisir qu’on prend à voir ce qu’il/elles sont devenu(e)s ne justifie pas totalement le va-et-vient qui nous sort de la situation principale. Celle d’une enfant qui grandit avec la conscience de la crise, des dettes qui s’accumulent, de l’impact des crédits et des politiques de prix des gros acheteurs. Les scènes les plus marquantes sont sans doute celles où le père tente d’expliquer la menace, à coup de beurre Président ou de coup de fil au Crédit Agricole. Bruno Clairefond, en père bouffé par ses soucis d’argent, éclipserait presque Laure Calamy, moins au premier plan qu’à l’ordinaire. C’est surtout la jeune Alice Henri qu’on retient, avec son air buté et son regard perdu loin au-delà du réel. Elle mérite que le film porte le nom de son personnage, qui apporte l’originalité de son point de vue sur un sujet dont le cinéma commence à avoir fait le tour.

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