« Sans toit ni loi », derniers jours de la vie d’une femme

Simone, dite Mona, a été retrouvée morte de froid dans un fossé. Considérée comme une « clocharde » par les autorités et les locaux, elle a pourtant croisé des personnes qui ont tenté de la connaître et parfois de l’aider…

Dédié à Nathalie Sarraute, le plus gros succès d’Agnès Varda au box-office se veut un équivalent cinématographique de la forme du Nouveau Roman. Un mouvement littéraire du XXsiècle qui précède de peu la Nouvelle Vague au cinéma et compte redéfinir les codes de la fiction. La place du narrateur/de la narratrice, si elle y est interrogée, demeure plus centrale que jamais, l’intrigue linéaire se brouille, les frontières entre réalité et fiction deviennent poreuses. Autant d’éléments que la cinéaste reprend à son compte dans cette œuvre qu’on peut qualifier, quatre ans après le film titré ainsi, de « documenteur ».

Si l’on a bien affaire à des personnages de fiction, incarnés par des comédien(ne)s professionnel(le)s comme Macha Méril, Stéphane Freiss, Yolande Moreau et dans le rôle principal la toute jeune Sandrine Bonnaire (à laquelle son père signe une autorisation pour participer au projet), l’ensemble se présente comme un portrait naturaliste qui joue sur la voix off de sa narratrice pour se faire passer pour documentaire.

L’intrigue commence par la fin, avec la découverte brutale du corps sans vie de Mona, dont les autorités concluent qu’elle est morte de froid. La voix off indique alors qu’elle va s’abstraire de toute tentative médicale ou sociologique de comprendre ce qui est arrivé mais mener sa propre enquête, retrouvant les personnes qui ont pu croiser Mona récemment pour essayer de récolter des informations sur qui elle était, sans forcément leur annoncer sa fin tragique.

C’est donc un portrait éclaté qui se dessine peu à peu, alternant les témoignages face caméra de personnages pris comme sur le vif de leur quotidien, dans leurs intérieurs, et des scènes de la vie de Mona précédant sa triste fin. L’ensemble interroge sur la déchéance, la liberté, les solidarités, la lutte des classes.

En effet, Mona réaffirme régulièrement son goût pour son mode de vie itinérant, en dépit de sa précarité. Une des raisons qui la rendent difficile à comprendre, c’est son refus de se plier aux conventions sociales classiques, de prendre un emploi et s’y tenir. Mona aime marcher, dormir, boire, rire, mais certainement pas exercer des tâches qu’elle jugerait mécaniques ou abrutissantes. Cette liberté exerce sur celles et ceux qui la croisent un mélange de répulsion et d’envie. Si la plupart sont d’abord rebutés par sa saleté, exprimée par ses cheveux emmêlés et sa mauvaise odeur, vient ensuite une forme de crainte envers ses élans ou de respect pour son choix de vie. Les deux peuvent d’ailleurs coexister, par exemple chez Yolande (Yolande Moreau), la domestique qui trouve d’abord assez admirable la liberté de Mona et veut prendre soin d’elle, puis qui la considère comme une menace pour son emploi et la met dehors.

La tonalité d’ensemble est grave, jouant sur le malaise, les incompréhensions et l’inadéquation de la jeune femme avec le modèle social dominant, même quand celui-ci est incarné par des personnages se voulant relativement alternatifs comme le berger. Mais parfois, un élan de vie l’emporte, et l’humour vient pointer son nez, à coups de grands éclats comme lors de la scène avec « tante Lydie », qui se moque de son neveu guettant l’héritage. Alors qu’on recroise certains personnages, les liens entre eux, et non seulement avec Mona, se dessinent, créant un écosystème social dont la jeune femme est l’élément perturbateur, qu’on imaginerait vite oublié sans le film qui rend hommage aux personnes de sa condition.

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