« Revenir à toi » : où t’es, maman où t’es ?

Comédienne de théâtre en pleine gloire, Magdalena cache une blessure ancienne : la disparition de sa mère au début de son adolescence. Lorsque son agente lui annonce que la trace d’Apollonia a été retrouvée dans une petite maison éclusière vers Marmande, elle s’y rend séance tenante…

L’autrice-violoniste revient en cette rentrée avec un changement d’éditeur : c’est chez Grasset que paraît son nouveau titre, Revenir à toi. Un roman bref, qui se lit en un souffle, une parenthèse de quelques jours dans la vie de sa protagoniste, le temps d’une reconnexion à ses racines et d’une réconciliation.

Le thème de la disparition traverse la littérature, l’absence inspirant grandement les auteurs/trices français(es) contemporain(e)s. Souvent celle d’un frère ou d’une sœur, sans qu’on sache si elle a été délibérée ou non (Summer, Les vérités provisoires) ou celle d’un père parti refaire sa vie. Plus rarement, l’absence maternelle est souvent traitée sous l’angle d’une présence fantomatique : une figure maternelle rongée par ses démons, dont l’enveloppe charnelle n’est là que pour indiquer son incapacité à pleinement l’occuper dans sa relation avec ses enfants, du point de vue desquels le récit se construit (on pense par exemple à Treize, Rien ne s’oppose à la nuit, Les Rêveurs, Saturne).

Plus rare, la fuite réelle de la mère est ici au cœur du récit. Dans les souvenirs d’enfance de Magdalena, qui remontent à la surface durant son voyage en train, Apollonia au prénom de déesse est déjà une ombre lorsque sa fille s’évertue à lui raconter ses journées, assise au bord du lit qu’elle ne quitte plus, espérant une réaction, un sourire. À travers un point de vue délicatement omniscient, l’autrice réussit à nous faire entrevoir très tôt que la disparition de la mère, si elle a causé un traumatisme profond chez son enfant, ne tient pas du caprice amoureux ou de la maladie mentale, mais bien plutôt d’un choc émotionnel causé par une révélation sur son propre passé. Une information consignée dans une enveloppe, tenue secrète, à distance pour ne pas céder, mais qui finalement la grignote de l’intérieur jusqu’à la rendre incapable de vivre.

Plus que l’absence ou les relations mère-fille, le thème caché du roman qui en irrigue la matière, c’est cela : le secret qui se transmet dans la souffrance, qui colonise des familles entières, l’héritage des horreurs du passé qui passe comme un mauvais gène jusqu’à ce qu’il éclate au grand jour. On sait cependant gré à l’autrice de ne pas trop s’appesantir sur le contenu du secret, assez banal et déjà vu, et qui renvoie à une période de l’Histoire maintes fois traitée en littérature. Ce qui compte, ce sont les conséquences.

Très sensorielle, l’écriture se veut élégante même pour décrire l’ordure et la crasse qui ont envahi la maison d’Apollonia. Pour un peu, cette maison constituerait une charogne baudelairienne, qu’il tient aux mots de magnifier dans sa saleté. Il y a comme un malin plaisir à venir confronter la star de cinéma, revenue aux planches, cette si belle femme dont le regard et la chevelure fascinent tous les hommes, du contrôleur SNCF au vendeur de Décathlon, à un univers précaire et provincial. La description de sa tenue de départ, aux matières nobles et aux coupes seyantes, contraste avec les lots de chaussettes, la polaire, le pull puant et les baskets moches qui habillent ce moment crucial de sa vie : les retrouvailles avec sa mère. De quel masque social faut-il se défaire encore, au-delà de tous ses rôles, pour que Magdalena puisse être acceptée par celle qui l’enfanta ?

Assez classique, le roman a pour originalité son dialogue avec les œuvres théâtrales, en particulier Antigone qui l’irrigue comme elle a nourri sa protagoniste en des temps de disette affective. L’hommage aux textes qui nous font vivre, l’importance de l’identification fictionnelle, trouvent ici un porte-étendard de qualité.

 

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